Matériaux & savoir-faire

Le maître verrier

vitrailliste · peintre verrier

Le maître verrier découpe le verre sur calibre, peint à la grisaille cuite vers six cents degrés, puis sertit les pièces dans des baguettes de plomb qu’il soude et mastique : une paroi de lumière tenue par un réseau de métal souple.

Le maître verrier compose, peint et monte les vitraux. Le dessin est d’abord porté en vraie grandeur sur un carton, dont on tire les calibres — le gabarit de chaque pièce. Le verre coloré dans la masse est coupé sur ces gabarits, puis peint à la grisaille, mélange d’oxyde de fer ou de cuivre et de verre pilé qu’une cuisson autour de six cents degrés vitrifie sur la surface. Les pièces sont ensuite serties : engagées dans le cœur de baguettes de plomb en H, soudées à l’étain à chaque nœud, mastiquées pour l’étanchéité, puis raidies par des barlotières scellées dans la maçonnerie.

La lumière comme matériau

Un vitrail ne s’éclaire pas : il transforme la lumière qui le traverse. La couleur y est prise dans la masse du verre, obtenue à la fusion par des oxydes métalliques — cobalt pour le bleu, cuivre pour le vert et le rouge, manganèse pour le pourpre.

De là vient que la teinte varie avec l’heure et la saison, et qu’un vitrail photographié rende si mal ce qu’il donne à voir en place. La matière est traversée, non éclairée.

Le verre ancien, soufflé en manchon puis fendu et aplati, garde des bulles, des stries et des épaisseurs inégales qui diffractent la lumière. Le verre industriel, parfaitement plan et homogène, la laisse passer sans la troubler : c’est pourquoi une restauration en verre moderne se repère à sa platitude optique.

Du carton aux calibres

Le projet se dessine d’abord en réduction, puis se reporte en vraie grandeur sur un carton, où figurent le tracé des plombs, les valeurs de la peinture et le repérage des pièces. Le réseau de plomb fait partie du dessin : il cerne les formes comme un trait d’encre, et le vitrail se compose en tenant compte de ce cerne obligé.

Du carton on tire les calibres, gabarits de chaque pièce, découpés en tenant compte de l’épaisseur du cœur de plomb qui les séparera. Un calibre trop généreux et le panneau ne se referme pas ; trop juste, et les pièces jouent dans leur logement.

Cette contrainte explique la physionomie des vitraux médiévaux : les pièces restent petites, parce que le verre soufflé ne donnait pas de grandes plaques, et le réseau de plomb dense devient un élément du dessin plutôt qu’une gêne.

La grisaille et le feu

Le modelé — les traits d’un visage, les plis d’un vêtement, l’ombre d’un feuillage — se peint à la grisaille, mélange d’oxyde de fer ou de cuivre et de verre finement pilé, lié à l’eau ou au vin. Appliquée au pinceau, elle se travaille par jus et par enlevage, la brosse ôtant la matière pour faire naître la lumière.

La cuisson, autour de six cents degrés, fait fondre le verre pilé contenu dans la grisaille : la peinture se vitrifie et adhère définitivement au support. Une cuisson trop faible laisse un décor qui s’effacera au premier lavage, trop forte le fait couler.

Le jaune d’argent, découvert au début du XIVᵉ siècle, teinte le verre lui-même dans la masse superficielle : il permet une seconde couleur sur une même pièce sans plomb intermédiaire, et sa diffusion date les vitraux presque aussi sûrement qu’une inscription.

Sertir au plomb

Le montage se fait à plat, sur une table portant le calque du réseau. Les baguettes de plomb, dont la section en H présente deux ailes et un cœur, reçoivent les verres dans leurs rainures ; on progresse de proche en proche, en clouant provisoirement pour maintenir le panneau serré.

Chaque nœud du réseau est soudé à l’étain, des deux côtés. Puis le panneau est masticé : un mastic liquide poussé sous les ailes de plomb à la brosse assure l’étanchéité et raidit l’ensemble, qui restait souple jusque-là.

Le plomb est le point faible et la garantie du vitrail : il s’oxyde et se fatigue en un à deux siècles, mais il se remplace intégralement sans toucher au verre. Une restauration bien conduite consiste souvent en une simple remise en plomb.

Barlotières, vergettes et armatures

Un panneau de vitrail ne tient pas seul contre le vent. Il est porté par une armature de fer scellée dans la maçonnerie : les barlotières, barres horizontales qui reçoivent les panneaux et se ferment par des clavettes, et les vergettes, tiges plus fines auxquelles le panneau est lié par des attaches de plomb soudées.

Ces fers font partie de l’ouvrage et de son aspect. Les armatures médiévales, épaisses et découpées selon la forme des médaillons, dessinent dans la verrière une géométrie qu’on lit de loin ; les armatures modernes, rectilignes, la traversent sans égard pour la composition.

La corrosion du fer est le principal ennemi de l’ensemble : en gonflant, la rouille fait éclater le scellement et brise le verre au contact. Le remplacement des fers anciens par de l’inox ou du bronze est la règle en restauration.

Ce qui détruit un vitrail

Le verre lui-même s’altère lentement. Certains verres médiévaux, riches en potasse, se corrodent au contact de l’humidité et se piquent d’un voile opaque, la corrosion en cratères, qui obscurcit la verrière sans que le dessin ait bougé.

La condensation en face intérieure entretient cette altération. La parade actuelle est la verrière de doublage : une seconde verrière posée à l’extérieur, ventilée, qui reçoit les intempéries et laisse le vitrail ancien dans une ambiance stable.

Le nettoyage abusif fait le reste des dégâts. Une grisaille dont la cuisson a été faible part au premier lavage, et bien des vitraux du XIXᵉ siècle ont perdu leur modelé sous une brosse trop vigoureuse.

Du vitrail religieux au vitrail domestique

Longtemps réservé aux édifices religieux, le vitrail entre dans la demeure au XIXᵉ siècle. Les verrières de cages d’escalier, les impostes de portes d’entrée, les jardins d’hiver et les vérandas des maisons bourgeoises s’en garnissent, souvent en verres losangés au plomb rehaussés de cabochons.

L’Art nouveau lui donne son moment le plus inventif, avec des verres américains opalescents et des motifs végétaux qui abandonnent la peinture au profit de la seule couleur du verre. Les villas balnéaires et les hôtels particuliers de la Belle Époque en conservent beaucoup.

Ces vitraux domestiques, rarement protégés, disparaissent au fil des ravalements et des changements de menuiseries. Leur dépose soignée et leur remise en plomb coûtent une fraction de ce que vaudrait leur remplacement à l’identique.

Le vitrail dans une demeure ancienne

Une verrière d’escalier ou une imposte d’origine signent une maison plus sûrement qu’un décor rapporté. Leur conservation compte dans l’appréciation d’un bien, au même titre que des boiseries ou une cheminée en place.

Le remplacement des menuiseries est le moment critique : un dormant neuf aux dimensions standard condamne le panneau ancien, qui se dépose et se stocke rarement. Prévoir la reprise du vitrail dans le lot menuiserie évite une perte irréversible.

Sur un immeuble protégé, les vitraux relèvent de la protection comme le reste. Leur restauration se conduit par un atelier spécialisé et peut ouvrir droit aux aides applicables aux monuments historiques.

Édifices de référence

  • Sainte-Chapelle

    Paris (Ier arrondissement) · XIIIᵉ siècle

    Quinze verrières et une rose, où la structure de pierre se réduit au minimum pour laisser place au verre.

  • Cathédrale Notre-Dame de Chartres

    Chartres (Eure-et-Loir) · XIIᵉ-XIIIᵉ siècle

    L’ensemble de vitraux médiévaux le plus complet conservé en France ; le bleu de Chartres y est resté une référence.

  • Église Notre-Dame du Raincy

    Le Raincy (Seine-Saint-Denis) · XXᵉ siècle

    Claustras de béton garnis de verres colorés par Marguerite Huré sur des dessins de Maurice Denis, dans l’église d’Auguste et Gustave Perret.

Sources (3)
  • La réalisation d’un vitrail au plomb

    Source institutionnelleVille d’Orléans — Ville d’art et d’histoireConsulter
  • Fiches pédagogiques du Centre international du vitrail

    Source institutionnelleCentre international du vitrail, ChartresConsulter
  • Dictionnaire raisonné de l’architecture française, article « Vitrail »

    Eugène Viollet-le-Duc

    Dictionnaire raisonné1868
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Mis à jour : 30/07/2026