Architecture & décor
La fenêtre à meneaux
Baie divisée par un montant de pierre vertical, le meneau, et croisée d’une traverse horizontale qui la partage en quatre compartiments — la croisée du gothique finissant et de la Renaissance, ordinairement supprimée au XVIIᵉ siècle quand la haute fenêtre vitrée s’impose.

Le meneau est le montant de pierre — parfois de bois ou de fer — qui divise verticalement l’ouverture d’une baie. Croisé d’une traverse horizontale, il dessine une croix et partage la fenêtre en quatre compartiments : l’ensemble forme la croisée. Le mot, attesté dès 1398 sous la forme « mayneaulx », procède de l’ancien français « meien », forme ancienne de « moyen », le meneau étant ce qui divise la baie par le milieu. Née de la nécessité de soutenir de larges verrières, la croisée de pierre s’épanouit au gothique et se maintient à la Renaissance, avant que le goût de la grande fenêtre à petits-bois ne la fasse disparaître des façades neuves à partir du XVIIᵉ siècle. Sa présence date un bâti et signale son ancienneté.
Le mot et la chose
Le meneau est, au sens strict, le montant vertical de pierre qui divise l’ouverture d’une baie. Lorsqu’une traverse horizontale vient le couper à angle droit, les deux éléments dessinent une croix et partagent la fenêtre en quatre compartiments — deux hauts, deux bas : l’ensemble constitue la croisée. L’usage courant, par métonymie, nomme « fenêtre à meneaux » l’ensemble de la baie ainsi structurée, quand la langue technique réserve le mot au seul montant vertical. Le vocabulaire de l’Inventaire général, celui de Jean-Marie Pérouse de Montclos, distingue rigoureusement le meneau, montant, de la traverse, croisillon horizontal, dont la rencontre définit la croisée.
L’étymologie éclaire la fonction. Le mot procède d’un ancien meienel ou meieneau, diminutif de meien — forme médiévale de « moyen » —, lui-même issu du latin medianus, « qui est au milieu, qui divise ». Le meneau est donc, littéralement, ce qui tient le milieu de la baie et la sépare en deux. La première attestation connue remonte à 1398, sous la graphie mayneaulx, dans les comptes de la chapelle du monastère des Célestins, pour désigner « un montant ou une traverse de pierre qui divise la baie d’une croisée ».
Une baie ne portant qu’un seul croisillon — une traverse sans meneau, ou un meneau sans traverse — est une demi-croisée : plus étroite, divisée en deux compartiments seulement, on la rencontre dès le XVᵉ siècle sur les pièces de moindre importance, où elle affirme la verticalité de la façade sans en atteindre l’ampleur. La croisée pleine et la demi-croisée forment ainsi une hiérarchie de baies, réglée sur la fonction et le rang des pièces qu’elles éclairent.
Fonction et principe constructif
Le meneau naît d’une contrainte : soutenir le verre. Tant que la baie reste étroite, un simple encadrement suffit ; mais dès que l’ouverture s’élargit pour capter davantage de lumière, la surface vitrée doit être maintenue par des divisions de pierre qui reprennent les efforts et calibrent des panneaux à la mesure des petits verres alors disponibles. Le meneau et la traverse sont donc, d’abord, une ossature : ils fractionnent une grande baie en compartiments assez menus pour être vitrés et assez solides pour tenir au vent.
Le principe est celui d’un remplage réduit à sa forme la plus sobre. Le montant vertical, taillé dans un même appareil de pierre de taille que l’encadrement, s’élève d’appui en linteau ; la traverse le recoupe à mi-hauteur. Chaque compartiment reçoit alors sa fermeture : à l’origine, des panneaux de verre sertis au plomb, fixes ou montés sur de petits vantaux de bois, si bien que la croisée ne s’ouvrait que par parties. C’est cette ouverture fragmentée, notée par Viollet-le-Duc, qui explique la longévité du meneau : tant qu’on ne sut pas fermer d’un seul jet une haute baie, la pierre resta nécessaire pour porter et diviser le vitrage.
Le meneau participe aussi de la composition. Sa saillie, ses moulures, la manière dont il se raccorde à la traverse et à l’encadrement font partie du dessin de la façade au même titre que la porte ou la lucarne. Sur le logis noble, la croisée n’est pas un simple percement fonctionnel : c’est un motif ordonné, réglé, qui rythme le mur et en marque les travées. La pierre y assume à la fois la charge et l’ornement — l’élégance naît de la nécessité mise en forme.

Du gothique au déclin classique
Les premiers montants de pierre apparaissent dans l’architecture religieuse d’Île-de-France au tournant du XIIIᵉ siècle, vers 1200-1210, quand la baie gothique s’élargit et réclame des divisions capables de soutenir de vastes verrières. Le procédé, d’abord composé de plusieurs assises superposées, se systématise au fil du siècle en réseaux rigides ; le gothique flamboyant en tire des remplages de courbes et de contre-courbes d’une grande virtuosité. La croisée à meneau et traverse, elle, se répand surtout à partir du XIVᵉ siècle, et gagne alors l’architecture civile autant que les églises.
Le gothique flamboyant du XVᵉ siècle porte la croisée civile à son plein épanouissement. Le grand exemple en est le palais que le marchand Jacques Cœur se fait bâtir à Bourges de 1443 à 1450 : sa tour maîtresse et ses corps de logis s’ajourent de hautes fenêtres à meneaux disposées pour la plus grande clarté, chargées de sculptures à chaque niveau, témoignage insigne de l’architecture civile française du siècle.
La Renaissance conserve la croisée et n’en change que la parure : le meneau demeure, mais l’encadrement se pare de pilastres, de chapiteaux et de frontons empruntés au vocabulaire italien. La façade de château Renaissance ordonne ses croisées en travées verticales régulières, superposées d’un étage à l’autre, que couronnent des lucarnes ouvragées. Le règne de François Iᵉʳ voit ce type se répandre dans tout le royaume, singulièrement en Val de Loire, où la croisée de pierre devient la baie noble par excellence.
Le déclin s’amorce au XVIIᵉ siècle. À mesure que l’on sait fabriquer et poser de plus grands verres, et fermer d’un seul jet de hautes baies, le meneau de pierre perd sa raison d’être : la croisée cède le pas à la haute fenêtre rectangulaire à petits-bois, ces divisions légères de bois qui remplacent la pierre. Viollet-le-Duc situe l’abandon définitif sous le règne de Louis XIV — au Grand Siècle —, non sans regretter le changement de caractère qu’il imposa aux façades. La croisée à meneaux avait, alors, quatre siècles derrière elle.

Comment la reconnaître
Le trait décisif est la présence d’un montant de pierre au milieu de la baie, bien plus qu’un simple encadrement mouluré : la fenêtre est structurée par la pierre, divisée en compartiments par un meneau vertical et, le plus souvent, une traverse horizontale qui dessinent une croix. Cette division en quatre, ou en deux pour la demi-croisée, distingue au premier regard la croisée ancienne de la fenêtre classique, dont l’ouverture rectangulaire n’est fractionnée que par de légers petits-bois de menuiserie.
La forme du meneau situe l’époque. Sous le gothique, le montant se termine souvent par un profil prismatique, mouluré d’arêtes vives, parfois orné de remplages dans la partie haute ; à la Renaissance, il se raidit et se double, aux jambages de la baie, de pilastres, de moulures rectilignes et d’un couronnement à fronton. La matière compte aussi : la croisée noble est taillée dans un bel appareil — le tuffeau clair du Val de Loire, le calcaire ferme du Périgord —, dont la finesse de taille trahit l’ambition du commanditaire.
Une façade peut porter les cicatrices d’une croisée disparue. Là où le meneau a été abattu, l’encadrement conserve souvent le harpe de pierre — les amorces taillées, les trous de scellement, les traces de la traverse arrachée — qui signalent la baie primitive. Lire ces indices, c’est retrouver, sous la fenêtre remaniée, la croisée d’origine que le goût des siècles suivants a fait disparaître.

Suppressions, mutilations et restitutions
Beaucoup de croisées anciennes n’ont pas survécu, et leur disparition tient à plus qu’un effet de mode. À la faveur du XVIIᵉ et du XVIIIᵉ siècle, nombre de propriétaires firent supprimer les meneaux de pierre de leurs façades pour y ouvrir des fenêtres au goût du jour, plus hautes et plus claires ; la baie médiévale y perdit son ossature au profit de la menuiserie.
Un dispositif fiscal accéléra la destruction. L’impôt sur les portes et fenêtres, institué par la loi du 4 frimaire an VII — le 24 novembre 1798 — et maintenu jusqu’en 1926, taxait les ouvertures d’un logis : or une croisée à quatre compartiments pouvait être comptée pour quatre fenêtres. Pour alléger la contribution, on mura des baies, on rétrécit des ouvertures et l’on ôta les meneaux qui divisaient les fenêtres en quatre. Cette raison d’argent, autant que le changement de goût, explique la rareté relative des croisées d’origine parvenues intactes jusqu’à nous.
La survivance des croisées authentiques doit beaucoup, au XIXᵉ siècle, à la naissance de la protection du patrimoine et à des figures comme Prosper Mérimée, qui contribua à faire classer les grands édifices menacés. Sur les demeures restaurées, la conservation d’une croisée en place, ou sa restitution fidèle d’après les traces relevées dans la pierre, est tenue pour un soin de premier ordre ; à l’inverse, la suppression d’un meneau ancien reste une perte pour la façade, qu’aucune fenêtre neuve ne compense.
Croisées remarquables
Le palais Jacques-Cœur, à Bourges, offre la référence du gothique flamboyant civil : bâti de 1443 à 1450 pour l’argentier de Charles VII, il élève autour de sa cour de hautes fenêtres à meneaux richement sculptées, disposées pour la plus grande lumière. Identifié dès 1837 par Mérimée, il figure sur la première liste des monuments historiques, de 1840, sous la notice PA00096686.
À Blois, l’aile Louis XII du château royal, construite de 1498 à 1503 sur les plans de Colin Biart, aligne en brique et pierre une longue façade rythmée de hautes croisées à meneaux, couronnées de lucarnes aux armes des souverains — écus de France, monogrammes de Louis XII et d’Anne de Bretagne. Le château est classé au titre des monuments historiques depuis 1845.
Le château d’Azay-le-Rideau, en Touraine, montre la croisée passée au vocabulaire de la Renaissance : élevé de 1518 à 1529 pour Gilles Berthelot, trésorier de France sous François Iᵉʳ, il encadre ses fenêtres à meneaux de pilastres finement taillés et les couronne de frontons, en une composition ordonnée sur toute la surface des murs. Acquis par l’État en 1905, il est classé le 18 avril 1914 (notice PA00097546).
Sur des demeures plus modestes, la croisée date pareillement le bâti. Le château de Baneuil, en Périgord, dont le logis du XVᵉ siècle porte une tour ronde et une tourelle en encorbellement ajoutée au XVIᵉ, conserve des fenêtres à meneaux caractéristiques de cette ancienneté noble ; il est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 18 octobre 1946 (notice PA00082334). De tels exemples rappellent que la croisée n’est pas l’apanage des grands châteaux : elle marque aussi le manoir et le logis de campagne d’un signe d’antiquité.

Valeur patrimoniale et demeures de caractère
Sur une demeure de caractère, la fenêtre à meneaux vaut d’abord comme document. Sa seule présence atteste un bâti antérieur au XVIIᵉ siècle et le rattache à la tradition du gothique tardif ou de la Renaissance ; elle situe la maison dans une lignée noble et rurale que la façade classique, plus tardive, ne saurait revendiquer. Une croisée d’origine est, en ce sens, une signature d’ancienneté, lisible pour qui sait la reconnaître.
Sa rareté fait sa valeur. Les suppressions du goût classique et la fiscalité des ouvertures ont clairsemé les croisées authentiques : celles qui subsistent, ou dont les traces permettent une restitution honnête, comptent parmi les éléments les plus recherchés d’un manoir ou d’un château fort remanié. On les rencontre surtout sur les demeures nobles anciennes, du Val de Loire au Périgord, où elles font partie intégrante du caractère du bien.
La restauration en commande le sort. Conserver une croisée en place suppose de traiter la pierre — reprise des scellements, remplacement à l’identique des éléments ruinés — plutôt que de céder à la fenêtre standard ; restituer une croisée disparue exige de suivre fidèlement les amorces relevées dans le mur. Ce parti de fidélité, quand il est tenu, préserve la cohérence de la façade et sa portée patrimoniale ; le meneau se comprend, il ne s’imite pas.

Édifices de référence
Palais Jacques-Cœur
Classé au titre des monuments historiques (liste de 1840) — notice PA00096686
Château royal de Blois, aile Louis XII
Classé au titre des monuments historiques depuis 1845
Château d’Azay-le-Rideau
Classé au titre des monuments historiques le 18 avril 1914 — notice PA00097546
Château de Baneuil
Inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 18 octobre 1946 — notice PA00082334
À la vente chez Groupe Mercure

Prieuré du XVIᵉ siècle à croisées de meneaux, 5 hectares d’herbages

Manoir à fenêtres à meneaux et toiture d’ardoise, en Mayenne

Château du XIIIᵉ siècle, parc de 18 hectares

Château, inscrit à l’inventaire supplémentaire

Château du XVIIᵉ siècle, protégé au titre des Monuments Historiques, parc de 20 hectares

Manoir du XVIIᵉ siècle, parc de 2,7 hectares

Château, parc de 3 hectares
Vendu
Château et son pigeonnier, parc de 15,8 hectares
Vendu
Sources (9)
Mis à jour : 21/07/2026