Types d’édifices
La métairie
Exploitation agricole confiée à un métayer qui la cultive contre une part des récoltes remise au propriétaire — la moitié, en principe, d’où le nom. Cellule d’un domaine noble ou bourgeois dont elle forme l’assise agricole, elle réunit un bâti modeste — logis bas, grange, étable — dans la mouvance d’un château ou d’une maison de maître. Répandue de l’an mil au XXᵉ siècle dans l’Ouest, le Centre et le Sud, elle a structuré une part entière de la campagne française.

La métairie est une exploitation rurale tenue à colonat partiaire, c’est-à-dire cédée par un propriétaire à un métayer qui l’exploite contre une fraction des fruits — le plus souvent la moitié — plutôt que contre un loyer fixe. Le terme désigne à la fois le domaine de terres et l’ensemble bâti qui le sert : logis du métayer, grange, étable et dépendances. Rattachée à une demeure de maître dont elle constitue le prolongement agricole, la métairie s’oppose au bordage, de dimension plus réduite, et au fermage, où la redevance est fixe et non proportionnelle à la récolte.
Origines et étymologie
Le mot métairie procède du latin médiéval medietaria, attesté dès 1084 et doublé de metaria en 1115 : l’un et l’autre désignent une « tenure héréditaire à demi-fruit », terre concédée contre la moitié de ce qu’elle produit. La racine est medietas, la moitié — le même medium qui donne l’ancien français moitoiage, « convention par moitié ». Le partage des récoltes est ainsi inscrit dans le nom même de l’institution.
La forme française connaît deux acceptions distinctes dont la lexicographie garde la trace. Vers 1200, moitierie nomme le domaine agricole exploité selon ce système, et la graphie moderne métairie apparaît en 1509 ; un sens second, architectural, se dégage vers 1500, quand mestairie, sous la plume de Philippe de Commynes, désigne les bâtiments de l’exploitation. Le mot dérive du substantif métayer augmenté du suffixe -erie. De cette double valeur — le domaine et son bâti — naît une part de l’imprécision qui entoure le type, l’acte ancien laissant souvent indécis s’il s’agit des terres, du logis qui les commande ou de l’ensemble.
L’institution est plus ancienne que le mot français. Passé l’an mil, les métayers sont attestés dans plusieurs régions de l’Ouest — Vendômois, Anjou, Normandie —, où le contrat sert à remettre en valeur des terres délaissées ; la grande vague de diffusion survient après les crises du XVᵉ siècle, quand le métayage devient l’instrument d’un repeuplement des campagnes ravagées par la guerre et les épidémies.
Le métayage : un contrat, une économie
Le bail à colonat partiaire, nom savant du métayage, remet pour un temps un bien rural à un preneur qui s’engage à le cultiver sous condition d’en partager les produits. Le partage se fait en principe par moitié — la récolte coupée en deux parts égales —, mais la proportion varie selon les provinces et les époques : dans certaines régions, le propriétaire prélève les deux tiers et n’en laisse qu’un au cultivateur.
L’économie du contrat repose sur une association inégale du capital et du travail : le propriétaire apporte la terre, le bétail, les semences et une part de l’outillage ; le métayer fournit ses bras et ceux de sa famille. À la part de fruits s’ajoutent des redevances en nature sur le jardin et la basse-cour et, sous l’Ancien Régime, les charges seigneuriales et la dîme. Cette structure place le métayer dans une dépendance durable : cultivant parfois de vastes surfaces, il en tire des profits maigres, souvent endetté — tels ces cultivateurs de la Gâtine, du Toulousain ou d’Auvergne que le Dictionnaire de l’histoire de France décrit à la merci du propriétaire ou d’un intermédiaire.
L’étude qui a renouvelé la compréhension du phénomène est celle du docteur Louis Merle, La métairie et l’évolution agraire de la Gâtine poitevine de la fin du Moyen Âge à la Révolution, parue en 1958. Croisant minutes notariales et archives seigneuriales, elle montre comment la métairie a supplanté la tenure médiévale au point d’occuper plus des trois quarts de la région, et comment la noblesse, en subdivisant ses fiefs, y a fait naître le bocage — haies, fossés, chemins creux.

La métairie dans le domaine
La métairie ne se comprend pas isolément : elle est une pièce d’un ensemble plus vaste. Le grand domaine se divise en plusieurs métairies, chacune dotée de son logis, de sa grange et de ses terres, disposées dans la mouvance du château ou de la maison de maître — l’aire sur laquelle s’étend l’autorité du propriétaire. Le logis noble commande, les métairies produisent.
Cette dépendance se lit dans la protection patrimoniale elle-même : lorsqu’un domaine est inscrit au titre des Monuments historiques, la métairie y figure comme élément constitutif, au même rang que le manoir, le moulin ou les communs. Le domaine de Banizette, à La Nouaille dans la Creuse, offre l’exemple d’un ancien fief où la mesure de protection nomme explicitement une « grande métairie » et une « petite métairie » aux côtés du manoir et de la grange-étable.
Là où la gentilhommière ou le manoir affichent le rang par leur composition et leur décor, la métairie s’en tient à la fonction : loger une famille, abriter les bêtes, engranger la récolte. C’est là le trait qui la distingue d’une ferme indépendante — non une propriété paysanne, mais une exploitation confiée, dont le sol demeure au maître et dont le métayer ne détient que l’usage temporaire, renégocié à chaque bail. Cette précarité a longtemps pesé sur la condition des familles qui se succédaient d’une métairie à l’autre au gré des reconductions.

Le bâti : logis et dépendances
Le bâti de la métairie s’efface derrière sa fonction. Point de façade ordonnancée ni de programme savant : un logis bas, une grange, une étable, quelques annexes — pigeonnier, fournil, puits — autour d’une cour de travail. Le percement suit l’usage plutôt que la symétrie, et l’ampleur des dépendances agricoles l’emporte souvent sur celle du logement humain, indice d’un édifice voué d’abord au rendement.
L’élément le plus caractéristique en est la grange-étable, qui réunit sous un même toit le stockage du foin et de la paille et l’abri des bêtes. L’Inventaire général en distingue deux types : le type limousin, dont les ouvertures principales, groupées sur un même mur gouttereau, s’ouvrent de plain-pied ; le type auvergnat, qui tire parti de la pente et sépare l’édifice par un plancher, l’étable occupant le niveau inférieur. La ferme-manoir de Couderc, à Sousceyrac-en-Quercy, en conserve une adossée à un manoir daté de 1586.
Les matériaux relèvent de l’architecture vernaculaire, celle qui bâtit avec la ressource du lieu : sur le plateau de Millevaches, le granit couvert de lauze puis d’ardoise après 1870 ; dans le Poitou, le calcaire en moellon enduit sous tuile canal ; en Normandie, le colombage garni de torchis sous chaume ou ardoise. La disposition varie de même : en longère, logis, grange et étable s’alignent sous un toit continu ; ailleurs, ils se dispersent autour de la cour. La sobriété reste la règle, et l’intérêt patrimonial de la métairie tient à cette pureté fonctionnelle.

Diffusion et régimes voisins
Le métayage n’a jamais couvert la France entière : il s’est concentré dans un croissant allant de l’Ouest au Sud-Ouest, par le Centre et le Massif central. L’Ouest bocager — Anjou, Vendée, Poitou, Bretagne intérieure — en fut le domaine par excellence ; le Limousin, le Quercy et la Gascogne le prolongèrent vers le Sud. À la fin du XIXᵉ siècle, les terres en métayage ne représentent plus que sept pour cent de la surface agricole française, mais la moyenne masque de fortes disparités : la proportion dépasse quarante pour cent dans l’Allier, les Landes, le Lot-et-Garonne ou la Dordogne. Le système a du reste franchi les frontières, connu en Toscane sous le nom de mezzadria.
La métairie se laisse mieux définir par contraste avec les tenures voisines. Dès l’Ancien Régime, le terme désigne dans l’Ouest une exploitation d’importance — vingt à soixante hectares, logis étoffé, dépendances proportionnées au bétail —, menée par un laboureur pourvu d’un notable capital et d’attelages. On la distingue du bordage, dit aussi borderie ou closerie : tenure bien plus petite, souvent moins de quinze hectares, réduite à un logis étroit et à quelques parcelles, travaillée par un bordager aux moyens plus maigres. Toutes deux relèvent du même contrat de partage, mais l’une nourrit une famille de laboureurs, l’autre peine à en soustraire l’occupant à la journée salariée.
L’opposition la plus nette sépare la métairie du fermage : le fermier verse un loyer fixe, indépendant de la récolte, assumant seul le risque mais gardant tout le surplus, quand le métayage lie la redevance à la production et fait supporter l’aléa aux deux parties. Le bail à moitié se raréfie dès la fin du XVIIᵉ siècle et le fermage se généralise au XVIIIᵉ, jugé plus favorable à l’investissement ; le corps de ferme autonome gagne alors du terrain sur la métairie de dépendance, dont la logique associative passe pour un archaïsme.

Déclin et statut moderne
Le recul du métayage, amorcé sous l’Ancien Régime, s’accélère aux XIXᵉ et XXᵉ siècles : la mécanisation et l’essor de la petite propriété paysanne minent un système fondé sur l’avance du capital par le maître et l’abondance d’une main-d’œuvre familiale, tandis que s’installe sa réputation d’institution appauvrissante. L’intervention législative d’après-guerre en scelle le sort. Institué par l’ordonnance du 17 octobre 1945 puis par la loi n° 46-682 du 13 avril 1946, le statut du fermage et du métayage encadre strictement les baux ruraux — durée obligatoire de neuf ans, droit au renouvellement, limitation des redevances — et ouvre surtout au métayer la faculté de convertir son bail en fermage, franchissant le pas d’un rapport de partage vers un loyer fixe qui lui laisse la maîtrise de sa production.
Le droit contemporain conserve la trace de l’institution tout en la corsetant : le Code rural définit le métayage comme le bail cédé « sous la condition d’en partager les produits » et plafonne désormais la part du bailleur au tiers de la production. Ces bornes ont achevé de rendre le contrat peu attractif, et le résultat est une quasi-disparition : au XXIᵉ siècle, le métayage ne représente plus qu’une fraction infime de la surface agricole utile, survivance juridique et mémoire rurale d’une institution qui organisa des siècles durant une part majeure de la campagne française.
Postérité et valeur patrimoniale
Disparu comme système, le métayage a laissé un legs bâti considérable. Les métairies constellent encore les campagnes de l’Ouest et du Sud-Ouest, tantôt dépendances d’un domaine, tantôt détachées ; elles conservent, mieux que des édifices plus prestigieux, la mémoire d’une organisation agraire. La protection patrimoniale les reconnaît d’abord à travers les domaines qui les englobent : à La Nouaille, l’inscription du domaine de Banizette en 1992 a sauvegardé un ensemble maintenu dans son état antérieur à l’agriculture mécanisée, où la métairie dans son contexte — cour, moulin, grange-étable — vaut autant que le manoir.
Le château de Roquetaillade, à Mazères en Gironde, illustre une autre forme de transmission. Cet édifice classé au titre des Monuments historiques, restauré au XIXᵉ siècle sous la conduite d’Eugène Viollet-le-Duc et de son élève Edmond Duthoit, abrite dans sa métairie un musée reconstituant la vie d’une famille de métayers : le bâti agricole y devient support de mémoire.
Cette valeur documentaire fait de la métairie un objet d’étude à part entière pour l’histoire rurale, dont les travaux de Louis Merle ont fixé la méthode : lire dans la pierre et dans les archives la trace d’un rapport de production et d’un façonnement du paysage. Bien plus qu’un bâti mineur, la métairie condense l’histoire économique et sociale des campagnes françaises, et c’est à ce titre qu’elle entre aujourd’hui dans le champ du patrimoine.
Édifices de référence
Domaine de Banizette (grande et petite métairie)
Inscrit au titre des Monuments historiques (arrêté du 8 octobre 1992)
Métairie du château de Roquetaillade
Château classé au titre des Monuments historiques (arrêté du 12 octobre 1976) ; domaine inscrit (arrêté du 7 novembre 2002)
Ferme-manoir de Couderc (grange-étable de type limousin)
Recensé à l’Inventaire général du patrimoine culturel
À la vente chez Groupe Mercure

Château du XVIIᵉ siècle, parc de 40,9 hectares

Maison du XVIIᵉ siècle

Château et ses dépendances, parc de 39,7 hectares

Propriété du XVIIᵉ siècle, parc de 40 hectares

Château et son pigeonnier, parc de 3,8 hectares
Vendu
Château, parc de 26 hectares
Vendu
Château et ses dépendances, parc de 6,9 hectares
Vendu
Maison et ses dépendances, parc de 230 hectares
Vendu
Sources (6)
Mis à jour : 17/07/2026