Matériaux & savoir-faire
La brique foraine
La brique foraine est la grande brique plate de terre cuite du Toulousain et du Lauragais, matière de la ville rose et de ses hôtels particuliers.

La brique foraine, dite aussi brique toulousaine, est une brique de terre cuite pleine, large et mince, dont le format garde de la brique romaine un rapport largeur sur longueur voisin de deux tiers. Cuite dans les tuileries rurales du Lauragais et de la Haute-Garonne, à partir des argiles et des marnes des plaines alluviales de la Garonne et du Tarn, elle a servi du Moyen Âge au XIXᵉ siècle dans un pays pauvre en pierre. On la monte le plus souvent au mortier de chaux, en assises régulières, parfois alternées de lits de galets roulés de la Garonne. Sa teinte va du rose orangé au rouge profond selon la cuisson.
La grande brique plate du Midi
Là où la haute vallée de la Garonne manque de bancs de pierre, elle offre en revanche des argiles et des galets en abondance. De cette pénurie est née une manière de bâtir toute entière fondée sur la terre cuite, dont la brique foraine est la pièce maîtresse. Plate, large et mince, elle se pose à plat dans le mur, joint de chaux après joint de chaux, et donne aux façades leur horizontalité tranquille et leur couleur chaude.
Elle se distingue d’emblée des briques du Nord et de l’Est, plus petites et plus épaisses. Héritière directe de la brique romaine, elle en conserve la proportion allongée, un rapport largeur sur longueur d’environ deux tiers, et le grand format. C’est cette silhouette, autant que la teinte, qui signe le pays toulousain et le distingue des autres terres à brique de France.
Le mot foraine intrigue. Il vient du latin foraneus, dérivé de foris, « dehors ». Le sens ancien désigne ce qui est extérieur, situé en dehors, puis ce qui vient d’ailleurs. Appliqué à la brique, il renvoie à sa fabrication hors les murs, dans les tuileries de la campagne, d’où on l’acheminait jusqu’aux chantiers de la ville.
De la molasse au galet de Garonne
La matière première tient à la géologie du bassin. Depuis l’Oligocène, il y a environ trente-quatre millions d’années, l’érosion du Massif central et des Pyrénées a comblé la région d’une épaisse molasse d’argiles et de sables, ces « terreforts » qui forment les collines au sud de Toulouse. Le Quaternaire y a superposé les terrasses de la Garonne et du Tarn, où roulent des galets d’un diamètre moyen proche de vingt centimètres.
Les briquetiers puisaient l’argile et la marne dans les plaines alluviales, les dégraissaient de sable fluvial, malaxaient le tout à l’eau, puis moulaient la pâte dans des cadres de bois. Après un long séchage à l’air, les briques passaient au four. Les fours de campagne pouvaient en cuire jusqu’à vingt mille à la fois, et la chaleur s’y répartissait mal : les pièces les plus proches du foyer ressortaient surcuites, sombres et très dures, celles du pourtour restaient tendres et poreuses, souvent réservées aux parties qu’un enduit viendrait protéger.
Cette cuisson inégale explique la palette des murs anciens, du rose pâle au rouge sombre presque vitrifié. Le galet, lui, ne se cuit pas : ramassé dans le lit du fleuve, il vient s’intercaler dans la maçonnerie et compléter la brique là où l’économie l’imposait, aux côtés du moellon et de la chaux.
Du chevet roman à la cour du pastel
La brique apparaît en grand appareil dès la fin du XIᵉ siècle : vers 1080, le chantier de Saint-Sernin l’emploie déjà pour son chevet. Elle gagne Albi dans les années 1220-1240 et s’impose peu à peu comme la matière de l’art roman puis de l’art gothique méridionaux, dont les grands vaisseaux de terre cuite offrent une variante originale au reste du royaume.
Les incendies urbains accélèrent sa diffusion. Après les interdictions du bois de construction, à Toulouse en 1463 puis à Montauban en 1614, la brique devient le recours obligé du bâti serré des villes. Au Moyen Âge, la brique de qualité reste chère, réservée aux monuments et aux propriétaires fortunés, souvent mariée à la pierre pour les encadrements et les décors.
Le pastel change tout. Quand la teinture bleue fait de Toulouse une capitale du négoce au XVIᵉ siècle, les marchands enrichis élèvent leurs hôtels de brique et de pierre. L’hôtel particulier de la Renaissance toulousaine naît de ce mariage, la brique pour les murs, la pierre pour la tour et les ordres. Le goût national du XVIIIᵉ siècle pour la pierre de taille finit par déclasser la terre cuite en matériau pauvre : on badigeonne alors nombre de façades de blanc pour en dissimuler la couleur.

Reconnaître la foraine
Une brique foraine ancienne se reconnaît d’abord à ses dimensions. Le format tardif, encore fabriqué aujourd’hui, avoisine 42 × 28 × 5 cm ; le format médiéval était plus mince, autour de 36 × 24 × 4 cm, avant de s’élargir dans la seconde moitié du XVIᵉ siècle. Dans les deux cas domine cette proportion très allongée, presque le double en longueur de la largeur, qui la sépare des briques industrielles carrées ou trapues.
La main du mouleur se lit sur la pièce : arêtes légèrement irrégulières, faces striées ou marquées de sable, épaisseur qui varie d’un rang à l’autre. La couleur, franchement rose orangé à Toulouse, ne doit pas être confondue avec la brique jaune venue de Paris par le rail au XIXᵉ siècle, dont la mode faillit effacer la teinte locale, ni avec la brique creuse contemporaine, produit d’usine parfaitement calibré et alvéolé.
Le joint, enfin, est un indice. La foraine se pose sur des lits de mortier de chaux relativement épais, qui rattrapent les irrégularités et dessinent au mur un réseau clair entre les briques. Un parement aux joints minces et réguliers, aux briques identiques, trahit une fabrication mécanique.

Un pays de terre cuite
L’aire de la brique foraine épouse le Toulousain et le Lauragais, ce plateau de collines argileuses qui s’étire vers la Méditerranée et fut longtemps le grenier à blé et le pays du pastel. On la retrouve plus largement dans une part du Languedoc occidental et aux marges de la Gascogne, partout où la molasse fournissait la terre et le fleuve les galets.
Elle façonne aussi bien la ville que la campagne. En ville, elle bâtit les églises, les hôtels et les immeubles ; aux champs, elle construit les fermes, les métairies et les pigeonniers, ces tours élégantes qui ponctuent le paysage lauragais. Les bastides médiévales du Sud-Ouest, villes neuves des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, l’emploient pour leurs couverts et leurs halles.
Le mur toulousain courant assemble souvent ce que la terre et le fleuve offraient à bas prix : des assises de briques alternées de lits de galets, montées à la chaux, pour une épaisseur voisine de quarante centimètres. La couverture, elle, reste fidèle à la tuile canal de terre cuite, prolongeant jusqu’au toit l’unité chromatique du bâti méridional.
Édifices de brique
La basilique Saint-Sernin de Toulouse, commencée vers 1080 et poursuivie jusqu’au début du XIVᵉ siècle, demeure le manifeste roman de la matière : son clocher octogonal à mitres et son immense vaisseau conjuguent la brique et la pierre. Classée dès la première liste des monuments historiques, en 1840, elle figure au patrimoine mondial au titre des chemins de Compostelle.
À Albi, la cathédrale Sainte-Cécile, élevée du XIIIᵉ au XVᵉ siècle, pousse le parti à son terme : bâtie presque entièrement de brique, forteresse de terre cuite dressée au-dessus du Tarn, elle est classée en 1862. Le couvent des Jacobins de Toulouse, dont la construction s’échelonne du XIIIᵉ au XIVᵉ siècle, en offre la version conventuelle, avec le célèbre « palmier » de son chœur.
L’architecture civile n’est pas en reste. L’hôtel d’Assézat, construit de 1555 à 1562 pour le marchand pastelier Pierre d’Assézat sur les dessins de Nicolas Bachelier, dresse dans la ville sa cour d’ordres superposés et sa haute tour de brique ; il est classé monument historique en 1914. Ces quatre édifices suffisent à mesurer l’amplitude du matériau, du sanctuaire roman à la demeure de la Renaissance.

Demeures de brique rose
Dans les demeures de prestige du Toulousain, la brique foraine n’est jamais un simple remplissage. Elle donne aux hôtels et aux maisons de maître leur teinte, leur lumière rasante et cette patine que trois siècles de soleil déposent sur les façades. La pierre de taille y reste réservée aux points d’honneur, portails, tours d’escalier, corniches, tandis que le mur vit de sa terre cuite.
Nous prêtons, pour ces maisons, une attention particulière à l’authenticité de la matière. Une façade foraine ancienne se restaure à la chaux, jamais au ciment, qui l’asphyxie et la fait éclater ; les briques de réemploi, aux formats d’origine, valent mieux que des produits neufs calibrés ; le badigeon blanc du XVIIIᵉ siècle, quand il subsiste, appartient à l’histoire du bâtiment autant que la brique nue.
Reconnaître une vraie brique foraine, mesurer son format, lire la trace du moule et la couleur de sa cuisson, c’est situer une demeure dans la longue lignée du bâti toulousain, du chevet de Saint-Sernin aux cours du pastel. À rebours de la terre crue du pisé et du torchis, la brique cuite a traversé les siècles sans rien perdre de sa présence.

Édifices de référence
Classée MH 1840 (PA00094524), patrimoine mondial UNESCO
Classée MH 1862 (PA00095453), patrimoine mondial UNESCO
Hôtel d’Assézat et de Clémence Isaure
Classé MH 1914 (PA00094532)
Classé MH (PA00094512)
À la vente chez Groupe Mercure

Maison de famille des XVIIᵉ et XIXᵉ siècles en brique toulousaine

Maison de maître du XVIIIᵉ siècle, inscrite à l’inventaire supplémentaire

Manoir du XVIIᵉ siècle, inscrit à l’inventaire supplémentaire, parc de 7 hectares

Château du XIXᵉ siècle

Propriété du XVIIᵉ siècle, parc de 5 hectares

Château du XVIIIᵉ siècle, parc de 1,3 hectares

Maison de maître du XIXᵉ siècle

Château du XVIIIᵉ siècle, parc de 2,3 hectares
Vendu
Sources (6)
Mis à jour : 15/07/2026