Styles de demeures

La bastide (provençale)

bastide provençale

Maison de maître de campagne propre à la Provence, greffée sur un domaine agricole et vouée à la villégiature, bâtie du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle par la bourgeoisie parlementaire et négociante d’Aix et de Marseille, à la façade ordonnancée et enduite, ceinte de jardins, de terrasses et de dépendances.

Le Pavillon de Vendôme à Aix-en-Provence, façade ordonnancée et jardin à la française
Le Pavillon de Vendôme (1664-1667), bastide-folie aixoise : façade rythmée d’ordres superposés, jardin régulier en avant-corps.vallis-clausa — CC BY 2.0

En Provence, la bastide est la demeure des champs d’une société urbaine aisée : celle des magistrats du Parlement d’Aix, des négociants de Marseille, des officiers et rentiers qui, dès le XVIIᵉ siècle, acquièrent un domaine agricole aux portes de la ville et y élèvent une résidence d’agrément. Née de l’exploitation rurale, elle en garde la vocation productive — vigne, oliviers, magnanerie — tout en se pliant au goût savant de son temps : façade symétrique, jardins en terrasses, bassins et fontaines. Le mot, hérité de l’occitan, désigne d’abord une construction ; il en vient à nommer, entre Durance et Méditerranée, tout un art de vivre saisonnier. Une homonymie tenace le confond avec la bastide médiévale du Sud-Ouest, ville neuve fortifiée qui n’a de commun avec elle que le nom.

Origines et étymologie

Le mot bastide procède de l’occitan bastida, substantivation du participe passé féminin du verbe bastir, « bâtir » — littéralement « la chose bâtie ». Il remonte au latin médiéval bastida, qui désigne d’abord une construction de pierre, à une époque où l’habitat courant demeure largement de bois ou de terre selon les régions. Le terme est donc, à l’origine, générique : il dit l’acte et l’objet de la construction avant de nommer un type d’édifice.

En Provence, le mot connaît un glissement de sens continu, dont la lexicographie garde la trace. Bastida désigne successivement la maison de maître d’une exploitation agricole, puis l’exploitation dans son ensemble — terres, bâtiments et logis réunis —, enfin, par extension, la maison de maître rurale ou périurbaine considérée pour elle-même. Ce sens dérivé, celui d’une demeure des champs, est le plus tardif ; c’est lui qui prévaut aujourd’hui et qui fonde l’acception provençale du terme.

Cette polysémie explique la difficulté de datation du type. Lorsqu’un acte du XVIᵉ ou du XVIIᵉ siècle mentionne une bastide, l’historien doit examiner s’il s’agit du domaine agricole, du corps de bâtiment principal, ou déjà de la résidence d’agrément qui s’y superpose. La bastide provençale, au sens où l’entend l’histoire de l’architecture, n’est pas un édifice conçu d’un jet : c’est le plus souvent une maison rurale préexistante, reprise, agrandie et anoblie par des propriétaires citadins, jusqu’à devenir une demeure de villégiature à part entière.

Le vocable appartient à une famille lexicale méridionale que l’on retrouve du Rhône aux Pyrénées, ce qui nourrit une confusion durable avec un tout autre objet : la bastide médiévale du Sud-Ouest. Les deux mots partagent la même racine — bastir — et le même sens premier de « construction » ; ils désignent cependant des réalités que quatre siècles et deux fonctions séparent.

Une homonymie à lever : la ville neuve et la maison de maître

La bastide du Sud-Ouest est une ville neuve — une agglomération créée de toutes pièces par une autorité féodale, dotée d’une charte de franchises et d’un plan régulier. Le latin des chartes la nomme bastida sine populatione, « bastide sans peuplement préalable », c’est-à-dire fondée sur un site vierge. Ces fondations se concentrent entre 1222 et 1373 environ, de la fin de la croisade contre les Albigeois au début de la guerre de Cent Ans ; on en dénombre entre trois cents et cinq cents, réparties sur une quinzaine de départements actuels du Midi et de l’Aquitaine.

Leurs fondateurs sont les grands pouvoirs du temps : les comtes de Toulouse Raymond VII et, surtout, Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis ; les rois de France Louis IX, Philippe III et Philippe IV ; les rois d’Angleterre, ducs d’Aquitaine, Henri III puis Édouard Iᵉʳ, Édouard II et Édouard III ; enfin des sénéchaux et des seigneurs locaux, laïcs ou ecclésiastiques. La fondation procède souvent d’un paréage, contrat d’association définissant les droits respectifs de deux coseigneurs sur la ville et ses revenus.

L’urbanisme de ces bastides obéit à une géométrie reconnaissable : un plan orthogonal en damier, des rues se coupant à angle droit, des parcelles bâties de dimensions régulières — les ayrals, de l’ordre de huit mètres sur vingt-quatre. Au centre, une place quadrangulaire que les rues ne traversent pas, bordée de galeries couvertes — les couverts — et desservie par des passages d’angle, les cornières ; une halle y abrite le marché. Une charte de coutumes énumère les privilèges et les devoirs des habitants, attirés par la franchise et la sécurité. Monpazier, en Périgord, Villefranche-de-Rouergue, Villeneuve-sur-Lot ou Grenade, en Lauragais, en offrent les exemples les plus accomplis ; Montauban, fondée dès 1144, en est un précurseur.

La bastide provençale n’a rien de cette réalité urbaine et militaire. Elle est une demeure privée, isolée dans son domaine, sans enceinte ni charte, et son histoire commence quatre siècles plus tard. La communauté de nom tient à la seule étymologie : dans les deux cas, une bastida est ce que l’on a bâti. L’usage régional a spécialisé le mot — la ville neuve en Gascogne et en Languedoc, la maison de maître en Provence —, si bien que l’expression « bastide provençale » vaut désormais précision plus que pléonasme, pour écarter l’image de la cité à cornières.

Monpazier, place à couverts d’une bastide médiévale du Sud-Ouest
Monpazier (Dordogne), bastide médiévale : galeries d’arcades (cornières) autour de la place centrale — la ville neuve du Sud-Ouest, tout autre chose que la maison de maître provençale.Monster1000 — CC BY-SA 3.0

L’essor social : la villégiature d’une bourgeoisie parlementaire

La bastide provençale est le fruit d’une société précise : celle d’Aix-en-Provence, capitale administrative et judiciaire du pays, siège du Parlement de Provence. À partir du début du XVIIᵉ siècle, magistrats, avocats, officiers et grandes familles acquièrent des terres à quelques kilomètres de leurs hôtels du centre-ville et y installent des résidences saisonnières. La proximité est essentielle : la bastide n’est pas une terre lointaine, mais une échappée à portée de la ville, où l’on se retire sans rompre avec les affaires.

Le calendrier de cette villégiature épouse celui de l’activité rurale et des institutions. Aux périodes de vacance parlementaire, l’été et l’automne, la ville se vide au profit de la campagne, au moment des moissons et des vendanges ; la bastide devient alors le centre d’un domaine qu’on surveille autant qu’on y prend le frais. Les propriétaires se concentrent sur les terroirs les plus proches et les plus fertiles : le plateau de Puyricard, la vallée de l’Arc, le vallon des Pinchinats, le quartier des Granettes. Marseille, cité marchande, connaît une vague comparable, portée par les négociants enrichis par le grand commerce.

Cette demeure des champs relève d’une culture savante, celle de l’otium — le loisir studieux hérité de l’Antiquité, opposé au negotium des affaires. On y reçoit, on y lit, on y cultive les jardins et l’on y expérimente l’agronomie ; la gestion du domaine s’y mêle au goût du repos et des arts. La tradition fait remonter cet attachement provençal aux jardins et à l’acclimatation des plantes au règne de René d’Anjou, comte de Provence de 1434 à 1480, installé à Aix à la fin de sa vie, prince lettré et amateur réputé de vergers ; la part de la légende y demeure toutefois difficile à démêler de l’histoire établie.

Le mouvement culmine au XVIIIᵉ siècle. La bastide n’est plus seulement une maison rurale réaménagée : les familles les plus fortunées en font édifier de véritables demeures d’apparat, aux dimensions et au décor de château, sans en avoir le rang féodal. Le siècle des Lumières porte à son sommet cet art de vivre où se rejoignent l’architecture, le jardin et l’économie rurale ; la Révolution, en abolissant les privilèges seigneuriaux, en modifie le sens sans en interrompre la tradition, qui se prolonge et s’étend, au XIXᵉ siècle, jusqu’aux abords des grandes villes du Midi.

Façade sur jardin du Pavillon de Vendôme, deux atlantes encadrant la porte, bassin en miroir
La façade sur jardin : deux atlantes soutiennent le balcon d’honneur, un bassin circulaire en prolonge l’axe.Bjs — CC BY-SA 4.0

Le plan, l’implantation et le rapport au jardin

Contrairement au mas, dont les corps de bâtiment s’ajoutent au gré des besoins selon une logique d’usage, la bastide se compose autour d’un axe et d’une symétrie. L’implantation cherche l’ordonnance : le logis commande une perspective, les jardins se déploient devant ou autour de lui selon une géométrie voulue, les dépendances se rangent en retrait. La demeure ne subit pas le terrain, elle le compose.

Le jardin de bastide relève, dans ses aménagements les plus soignés, de l’art des jardins à la française : parterres réguliers, allées tracées au cordeau, broderies de buis, statues et jeux d’eau. L’eau y tient une place cardinale, à la fois nécessité agronomique en pays sec et ornement : bassins, fontaines et canaux rythment la promenade et alimentent l’arrosage. L’allée d’arbres — platanes ou marronniers — signale l’approche du logis et en prolonge la façade dans le paysage ; la terrasse d’entrée, souvent surélevée, offre la vue sur le domaine.

Le relief provençal impose une figure caractéristique : la culture en terrasses, soutenues par des restanques — murets de soutènement en pierre sèche, montés sans mortier, qui retiennent la terre sur les pentes et créent des surfaces cultivables là où le sol dévalerait sans eux. La restanque est d’abord un ouvrage agricole ; elle devient, autour de la bastide, un élément de composition, étageant vergers, oliveraies et parterres en gradins successifs qui accompagnent la montée vers la demeure.

Ce dialogue entre l’architecture et le jardin fait la singularité du type. La bastide n’est pas une maison posée dans un décor : elle est le centre d’un dispositif où le bâti, l’eau, les arbres et les terrasses forment un ensemble pensé d’un seul tenant. L’orangerie — bâtiment ou galerie exposée au midi, destinée à abriter l’hiver les agrumes en caisses — appartient à cette scénographie autant qu’à l’économie du domaine.

Allée de gravier, buis et topiaires du jardin du Pavillon de Vendôme
Le jardin régulier : allées de gravier, buis taillés et cônes d’if ordonnent la perspective.Bjs — CC BY-SA 4.0
Restanques cultivées en gradins, amandiers et vignes, à Auriol
Les restanques : terrasses de culture soutenues par des murets de pierre sèche, plantées d’amandiers et de vignes, qui domestiquent la pente du terroir (Auriol, Bouches-du-Rhône).Fr.Latreille — CC BY-SA 4.0

L’architecture et les matériaux

La façade de la bastide obéit au goût noble de son époque : elle est ordonnancée, c’est-à-dire réglée par la symétrie et l’alignement des baies. Les ouvertures, disposées en nombre impair, encadrent une porte centrale que surmonte fréquemment un balcon de ferronnerie ; les fenêtres se superposent d’un étage à l’autre selon des axes verticaux réguliers. Cette rigueur distingue au premier regard la bastide de la maison rurale, dont le percement suit l’usage plus que la composition.

Les murs sont le plus souvent enduits, dans une gamme de tons ocre et de terres claires qui caractérise le bâti provençal, l’enduit protégeant la maçonnerie de moellons et unifiant la façade. La couverture est de tuiles canal — tuiles rondes de terre cuite, posées en double rang, l’une formant le courant, l’autre le couvrant —, à faible pente, propre aux climats méditerranéens.

Sous l’avant-toit court la génoise, corniche formée de plusieurs rangs de tuiles canal disposées en encorbellement, c’est-à-dire en saillie progressive sur le mur. Elle éloigne de la façade les eaux de ruissellement tout en soulignant l’égout du toit. Le procédé, venu de Gênes, est introduit en Provence dès les années 1630-1640, puis diffusé dans tout le Midi ; le nombre de rangs — de un à quatre, rarement davantage — valait indication de l’aisance du propriétaire, les demeures les plus cossues en portant quatre, voire cinq.

Le vocabulaire savant de l’architecture classique gagne les façades des bastides les plus ambitieuses : pilastres — piliers plats engagés dans le mur, à fonction ornementale —, chaînages d’angle, encadrements moulurés, parfois superposition des ordres, du dorique au corinthien, d’un niveau à l’autre. À l’intérieur, le décor recourt à la gypserie : ouvrage de plâtre — le gip provençal — moulé et sculpté en corniches, plafonds, trumeaux et encadrements. Le gypse, abondant en Provence, fournit une matière que des ateliers de gipiers travaillent avec virtuosité ; la gypserie est l’un des arts décoratifs les plus constants de la bastide, des plus sobres aux plus ornés.

Génoise provençale : rangs de tuiles canal en encorbellement sous l’égout du toit
La génoise : deux à trois rangs de tuiles canal superposés en encorbellement, corniche qui éloigne l’eau du mur.Papypierre1 — CC BY-SA 3.0
Cour et fontaine du château de la Pioline à Aix-en-Provence
Le château de la Pioline (classé) autour de sa cour à fontaine — l’ordonnance régulière propre à la bastide d’apparat.Marlenedd — CC BY-SA 3.0

Les dépendances et les éléments du domaine

La bastide n’est intelligible qu’avec son domaine et ses dépendances. Les communs — bâtiments de service : remises, écuries, logements du personnel — encadrent souvent une cour et complètent le logis de maître. Une chapelle peut y figurer, marque de la piété et du rang des propriétaires.

Le pigeonnier — édifice, isolé ou intégré, destiné à l’élevage des pigeons dont la fiente, la colombine, servait d’engrais — occupe une place particulière dans l’histoire du type. Sous l’Ancien Régime, le droit de posséder un colombier était un privilège seigneurial ; son abolition, à la Révolution, en généralise la construction et en fait, paradoxalement, l’un des éléments emblématiques de la bastide, désormais accessible à tout propriétaire.

L’économie provençale a laissé dans les dépendances des traces spécifiques. La magnanerie — de l’occitan magnan, le ver à soie — est le bâtiment voué à la sériciculture : l’élevage des vers sur les feuilles de mûrier, dans des locaux aérés et chauffés où l’on disposait les claies et les rameaux pour le montage des cocons. La culture de la vigne et de l’olivier appelle, elle, cuvages, pressoirs et celliers, tandis que la glacière — construction généralement enterrée, isolée, où l’on conservait jusqu’à l’été la glace récoltée l’hiver — pourvoyait au rafraîchissement de la maison.

L’ensemble de ces éléments — orangerie, pigeonnier, magnanerie, glacière, communs, chapelle — compose la cohérence patrimoniale de la bastide. Chacun renvoie à une fonction précise, agricole, domestique ou d’agrément ; leur réunion distingue le domaine complet de la simple maison de campagne. Une bastide privée de ses dépendances a perdu une part de son intelligibilité historique.

Pigeonnier-tour du XVIIᵉ siècle en pierre, dans le Midi
Un pigeonnier-tour du XVIIᵉ siècle : sous l’Ancien Régime, le colombier relevait d’un privilège seigneurial, aboli à la Révolution, ce qui en généralisa la construction.Olive34830 — CC BY 4.0

La bastide et le mas : deux figures du domaine provençal

La bastide se comprend par contraste avec le mas, l’autre grande figure de l’habitat rural méridional. Le mas — de l’ancien provençal mas, du latin mansus, « demeure », « domaine » — est une exploitation agricole et son logis réunis sous de longs volumes de pierre, dont l’implantation obéit d’abord au climat et au travail de la terre : façade au midi, dos au mistral, ouvertures mesurées au nord. Sa croissance est cumulative, sans souci de symétrie.

La distinction n’est pas seulement architecturale, elle est sociale et fonctionnelle. Le mas procède du monde paysan et de la nécessité productive ; la bastide procède du monde citadin et du désir de villégiature. L’un est une ferme qui peut abriter le maître au passage ; l’autre est une résidence d’agrément greffée sur un domaine agricole, où l’exploitation subsiste mais se subordonne au plaisir de la campagne et à la représentation.

La frontière, toutefois, n’est pas étanche. Nombre de bastides sont d’anciens mas anoblis : on a régularisé la façade, ajouté un étage, tracé des jardins, sans effacer l’ossature rurale primitive. Le terme bastidon désigne d’ailleurs une petite bastide ou un mas modeste, rappelant que la gradation entre les deux types est continue. C’est la présence d’une intention d’apparat — l’ordonnance, le jardin composé, le décor — qui fait basculer un domaine du côté de la bastide.

Exemples remarquables du pays d’Aix

Le Pavillon de Vendôme, à Aix-en-Provence, compte parmi les bastides les plus célèbres, bien qu’il tienne autant de la folie — maison de plaisance suburbaine — que de la demeure rurale. Élevé de 1664 à 1667 pour Louis de Mercœur, duc de Vendôme et gouverneur de Provence, il est dû au maître maçon et architecte Antoine Matisse, dit La Rivière, la part de Pierre Pavillon dans sa conception restant discutée faute de contrat. Sa façade est célèbre pour ses deux atlantes baroques — figures d’hommes soutenant le balcon, allégories de l’Aurore et du Crépuscule — et pour la superposition des ordres, dorique, ionique puis composite. Surélevé d’un étage au XVIIIᵉ siècle, il est classé au titre des Monuments historiques dès le 27 mars 1914, l’un des tout premiers édifices aixois protégés.

Le château de la Gaude, à Aix-en-Provence, est une bastide du XVIIIᵉ siècle dont le parc à la française — avec ses fontaines, ses bassins et ses éléments sculptés — constitue l’un des jardins d’apparat les plus complets de la région. L’ensemble des façades et toitures, la chapelle, la terrasse et le parc sont classés au titre des Monuments historiques par arrêté du 11 septembre 1963.

Le château de la Pioline, à Aix-en-Provence, route des Milles, réunit des campagnes du XVIIᵉ et du XVIIIᵉ siècle : Renaud de Piolenc, écuyer d’Aix, y remanie la façade au XVIIᵉ siècle, avant que le marquis de Meyronnet ne lui adjoigne, au siècle suivant, deux ailes richement décorées et une cour d’honneur. Ses façades et toitures, le salon Louis XVI et les vases de la grille sont classés Monuments historiques par arrêté du 20 janvier 1976.

Le château de la Mignarde, à Aix-en-Provence, sur la route des Pinchinats, est une bastide du XVIIIᵉ siècle dont les jardins, ornés de bassins et de statues, comptent parmi les plus soignés du pays d’Aix. La demeure reçut, en 1807, Pauline Bonaparte, sœur de Napoléon Iᵉʳ ; elle est inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1995.

La bastide du Jas de Bouffan, à Aix-en-Provence, fut bâtie vers 1750 par l’architecte aixois Georges Vallon pour Gaspard Truphème, conseiller à la Cour des comptes ; son allée de marronniers et sa terrasse en font un exemple accompli de l’ordonnance des jardins de bastide. Achetée en 1859 par Louis-Auguste Cézanne, père du peintre, elle fut pour Paul Cézanne un lieu de travail durant une quarantaine d’années — il en décora le grand salon et en peignit à maintes reprises la maison, le bassin et les arbres.

Le pavillon de Lenfant, à Aix-en-Provence, bâti en 1677 pour Simon Lenfant, trésorier général de France, sur les plans de l’architecte Pierre Devoux, illustre la variante suburbaine de la bastide, à mi-chemin de la maison des champs et de la folie de plaisance. Il est protégé au titre des Monuments historiques par arrêté du 16 mars 1982. Le château de Montjustin, à Aix-en-Provence, de la première moitié du XVIIIᵉ siècle, remarquable par le décor en trompe-l’œil de son vestibule, figure parmi les nombreuses bastides du terroir protégées en 1979.

La bastide du Jas de Bouffan, demeure de la famille Cézanne, au terme de son allée de platanes
Le Jas de Bouffan (vers 1750), demeure de la famille de Paul Cézanne : la bastide se découvre au bout d’une allée de marronniers.Bjs — CC BY-SA 4.0
Le Bassin du Jas de Bouffan, peinture de Paul Cézanne, vers 1878
Paul Cézanne, Le Bassin du Jas de Bouffan (vers 1878) : le peintre travailla une quarantaine d’années dans la bastide familiale, dont il fixa le bassin, l’allée et les arbres.Paul Cézanne, Le Bassin du Jas de Bouffan (vers 1878) — domaine public

La valeur patrimoniale

La singularité de la bastide provençale tient à la rencontre, en un même lieu, d’une architecture savante et d’un art des jardins, au service d’un mode de vie saisonnier. Elle n’est ni un château féodal, dont elle n’a ni les défenses ni le rang, ni une simple maison de campagne, dont elle dépasse l’ambition : elle occupe une place propre dans l’histoire de l’architecture de villégiature française, aux côtés de la chartreuse girondine, de la folie ou de la maison de maître, chacune expression régionale d’un même désir de résidence des champs.

Sa valeur documentaire est considérable. La bastide conserve, dans son plan, ses matériaux et ses dépendances, la mémoire d’une société — la bourgeoisie parlementaire et marchande de la Provence d’Ancien Régime — et d’une économie — vigne, olivier, soie, agrumes. La génoise, la gypserie, l’orangerie, la magnanerie, le pigeonnier, la glacière y forment un lexique matériel qui rattache la demeure à un temps et à un pays. C’est cette cohérence d’ensemble, plus que tel élément isolé, qui fait la portée patrimoniale du type.

La densité des bastides du pays d’Aix, dont plusieurs sont protégées au titre des Monuments historiques, atteste l’importance historique du phénomène. Nombre d’entre elles ont inspiré peintres et écrivains — le Jas de Bouffan chez Cézanne en est l’exemple le plus illustre —, faisant entrer la bastide dans l’imaginaire de la Provence autant que dans son histoire monumentale. Étudier la bastide, c’est lire, sur un même site, l’architecture, le jardin et le travail de la terre comme les trois faces d’une même culture.

Bastide provençale près de Ménerbes, façade enduite, treille et oliviers
Une bastide provençale près de Ménerbes (Vaucluse) : façade enduite, volets, treille et oliviers — la villégiature provençale toujours vivante, bien présenté par Groupe Mercure.Groupe Mercure (bien réf. 21429LR, Vaucluse)

Édifices de référence

  • Pavillon de Vendôme

    Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) · XVIIᵉ siècle (1664-1667), surélevé au XVIIIᵉ

    Classé Monument historique le 27 mars 1914

  • Château de la Gaude

    Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) · XVIIIᵉ siècle

    Classé Monument historique le 11 septembre 1963

  • Château de la Pioline

    Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) · XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècle

    Classé Monument historique le 20 janvier 1976

  • Château de la Mignarde

    Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) · XVIIIᵉ siècle

    Inscrit Monument historique en 1995

  • Bastide du Jas de Bouffan

    Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) · XVIIIᵉ siècle (vers 1750)

    Maison familiale de Paul Cézanne (1859) ; site labellisé, aujourd’hui musée

  • Pavillon de Lenfant

    Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) · XVIIᵉ siècle (1677)

    Protégé Monument historique le 16 mars 1982

  • Château de Montjustin (ou de la Gourdonne)

    Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) · XVIIIᵉ siècle (1re moitié)

    Inscrit et classé Monument historique le 14 décembre 1979

En images

Le château de la Mignarde à Aix-en-Provence, façade dorée au soleil bas
Le château de la Mignarde (fin du XVIIIᵉ siècle), inscrit, renommé pour ses jardins.Frenchhistorylover — CC BY 4.0

À la vente chez Groupe Mercure

Quelques biens de ce style figurant dans nos sélections.

Sources (11)
  • Pavillon de Vendôme, Aix-en-Provence — notice PA00081103 (classé MH le 27 mars 1914)

    Protection Monuments HistoriquesBase Mérimée, Ministère de la CultureConsulter
  • Château de la Gaude, Aix-en-Provence — notice PA00080988 (classé MH le 11 septembre 1963)

    Protection Monuments HistoriquesBase Mérimée, Ministère de la CultureConsulter
  • Château de la Pioline, Aix-en-Provence — notice PA00080992 (classé MH le 20 janvier 1976)

    Protection Monuments HistoriquesBase Mérimée, Ministère de la CultureConsulter
  • Château de Lenfant (ou Lanfant), Aix-en-Provence — notice PA00080989 (protégé MH le 16 mars 1982)

    Protection Monuments HistoriquesBase Mérimée, Ministère de la CultureConsulter
  • Château de la Mignarde, Aix-en-Provence (inscrit MH en 1995)

    Protection Monuments HistoriquesBase Mérimée, Ministère de la Culture
  • Bastides et jardins de Provence

    Nerte Fustier-Dautier

    Ouvrage de référenceÉditions Parenthèses2013Consulter
  • L’architecture rurale française — Provence

    Ouvrage de référenceMusée national des Arts et Traditions populaires
  • Bastide (construction)

    ArticleWikipédiaConsulter
  • Bastide (ville)

    ArticleWikipédiaConsulter
  • Génoise (architecture)

    ArticleWikipédiaConsulter
  • Restanque

    ArticleWikipédiaConsulter
Aix-en-Provencevillégiaturemaison de maître

Mis à jour : 17/07/2026