Styles de demeures
La folie
Maison de plaisance sans vocation agricole, bâtie au XVIIIᵉ siècle aux portes des villes par l’aristocratie et les financiers, vouée au loisir, à la fête et au jardin plutôt qu’à l’exploitation.

La folie est une demeure d’agrément suburbaine, élevée à la lisière des villes au siècle des Lumières pour le seul plaisir de ses maîtres. Le mot procède de l’ancien français feuillée, l’abri de feuillage, avant qu’une étymologie populaire ne l’ait rattaché à la folie des dépenses. Petit pavillon au décor précieux, entouré d’un jardin peuplé de fabriques, elle fut le théâtre des fêtes galantes de la noblesse oisive et des fermiers généraux.
Le mot et la chose
Le mot folie, appliqué à une maison, n’a rien à voir, en son origine, avec la déraison. Il procède de l’ancien français foillie, feuillie, altération de feuillée — l’abri de feuillage, la cabane de verdure sous laquelle on se retirait à l’ombre. La forme remonte au bas latin folia, « la feuille » prise collectivement, d’où foleia, le lieu couvert de frondaisons. Les toponymistes relèvent le terme dès 1185 dans des noms de lieux, et les textes médiévaux conservent des tournures parlantes : foleia quae erat ante domum, la « feuillée qui se trouvait devant la maison ». La folie désigne alors, très concrètement, une construction perdue dans la verdure, une maisonnette des champs.
De cet abri végétal, le sens a glissé vers celui de maison de campagne où l’on se divertit. Le Trésor de la langue française atteste cette acception avant 1640 : une demeure de plaisir, à l’écart de la ville, dédiée au repos et au jeu. C’est ici qu’intervient le second mot, l’homonyme folie venu de fol, « le fou ». L’oreille du Grand Siècle, ayant oublié la feuillée, a réentendu dans le nom la dépense extravagante, le caprice ruineux qu’exigeaient ces demeures somptuaires. L’étymologie populaire a soudé les deux termes ; l’usage a fait le reste.
Les lexicographes tranchent nettement en faveur de la première filiation. Émile Littré voit dans la folie-maison une altération de feuillie, et Alain Rey, dans le Dictionnaire historique de la langue française, retient de même l’altération de feuillée, la référence au feuillage précédant de plusieurs siècles la moindre idée de folie. La confusion, pour tenace qu’elle soit, reste une reconstruction tardive du sens. Le nom porte donc un double héritage : la fraîcheur ombreuse du bosquet et, par surcroît d’imagination, la démesure du plaisir.
Cette ambivalence a nourri la chose autant que le mot. Le maître d’une folie savait ce que sa maison devait à la légèreté du terme : elle n’était ni un château ni une résidence d’état, mais un lieu de liberté, affranchi des usages, où l’on pouvait tout se permettre. Le nom, à la fois modeste et flatteur, convenait exactement à une architecture de fantaisie née au siècle des Lumières.
Origines et société
La folie parisienne connaît son âge d’or dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle. Une folie ancienne existait déjà — les faubourgs médiévaux conservaient leurs feuillées, et le XVIIᵉ siècle avait vu quelques maisons de plaisance s’élever autour de la capitale — mais le phénomène change d’échelle et de nature sous Louis XV et Louis XVI. La paix, la circulation de l’argent, le goût nouveau de la campagne et de l’intimité poussent une société fortunée à se doter, aux portes de la ville, de retraites élégantes où fuir la contrainte de la cour et la promiscuité des hôtels urbains.
La clientèle de la folie dessine un portrait de l’argent des Lumières. On y trouve d’abord les princes et les grands : le comte d’Artois, frère de Louis XVI, fait bâtir Bagatelle ; le duc de Chartres, futur Philippe-Égalité, aménage le parc Monceau. On y trouve surtout la haute finance — receveurs, trésoriers, fermiers généraux enrichis par l’impôt et le grand commerce. Claude Baudard de Saint-James, trésorier général de la Marine, et le banquier Nicolas Beaujon, Bordelais lié par alliance aux fermiers généraux, comptent parmi les plus fastueux commanditaires. La folie devient l’instrument d’une revanche sociale : par elle, le financier rivalise d’éclat avec le prince.
À ce monde de la fortune s’ajoute celui du plaisir. Actrices de la Comédie et danseuses de l’Opéra reçoivent, elles aussi, leur folie de la main d’un protecteur ; la petite maison discrète, cachée dans son jardin, sert de cadre aux rencontres galantes que l’Ancien Régime pratiquait à l’abri des regards. La folie n’est pas seulement une résidence : elle est un décor de comédie mondaine, un lieu de fête, de musique et d’intrigue, dont la réputation sulfureuse a durablement teinté le mot.
Cette sociologie explique la démesure des dépenses. Bâtir une folie ne répondait à aucune nécessité — ni logis d’exploitation, ni siège de lignage — mais à la seule volonté de paraître et de jouir. On y engloutissait des fortunes pour un pavillon qu’on habitait quelques semaines l’an. Le caprice était le principe même de la chose ; la ruine, son horizon fréquent.

L’implantation suburbaine
La folie se définit par sa situation : ni en ville, ni à la vraie campagne, mais sur la frange où l’une se défait dans l’autre. Elle s’implante dans les faubourgs et les villages qui ceinturent la capitale — le Roule, Neuilly, la plaine Monceau, le Bois de Boulogne, les hauteurs du faubourg Saint-Honoré et des Champs-Élysées, alors bordés de vergers et de maraîchages. On y accède en carrosse dans l’heure ; on y goûte l’air des champs sans renoncer à la ville. C’est une campagne à la journée, une villégiature de proximité.
Ce choix de la lisière distingue radicalement la folie de la maison de ville, pressée entre cour et jardin sur une parcelle contrainte, et de la demeure rurale d’exploitation, ancrée dans ses terres. La folie réclame de l’espace pour son jardin, mais non des labours : le sol y sert d’écrin, non de ressource. Le terrain, souvent vaste — douze, quinze hectares pour les plus étendues — n’a d’autre fonction que d’offrir un paysage composé, une nature réinventée aux fenêtres du pavillon.
L’orientation et la disposition obéissent au seul agrément. Le pavillon se pose au centre ou en belvédère, tourné vers la plus belle vue et vers le midi, précédé d’une cour d’honneur brève et prolongé par les perspectives du parc. Nulle contrainte agricole ne commande l’implantation ; seul le regard décide. La folie est une architecture de point de vue, conçue pour être vue et pour faire voir.
Cette position de frange l’a rendue vulnérable. À mesure que Paris s’étend au XIXᵉ siècle, les faubourgs se lotissent, les jardins se morcellent, les pavillons cèdent la place aux immeubles. La folie, née de la proximité de la ville, a le plus souvent péri de cette même proximité, engloutie par la croissance urbaine qui l’avait fait naître.

Le pavillon et sa distribution
La folie est petite, et cette petitesse est un parti. Contre l’enfilade interminable des châteaux et la solennité des grands appartements, elle propose un plan resserré, souvent ramassé autour d’une pièce d’apparat unique — un salon rond sous coupole, une rotonde éclairée en son sommet — que commandent quelques pièces plus intimes. L’extérieur promet peu, l’intérieur donne tout : le contraste entre la sobriété de l’enveloppe et la richesse du dedans est l’un des ressorts constants du genre.
La distribution privilégie les usages du plaisir. On y ménage un salon de compagnie, une salle à manger, des boudoirs tendus d’étoffe, parfois une galerie pour les musiciens et un salon de bal ; l’appartement de bains, luxe nouveau du XVIIIᵉ siècle, y tient une place d’honneur, avec ses cabinets et ses baignoires de marbre. L’enfilade, quand elle existe, se fait courte et fluide, réglée non sur la représentation mais sur la circulation aisée d’une société qui se meut de pièce en pièce comme dans un jardin.
Le décor intérieur porte l’essentiel de l’effort. Les boiseries sculptées, les glaces multipliant l’espace, les dessus-de-porte peints, la gypserie — ces reliefs de plâtre modelés en frises, trophées et rosaces — enveloppent le visiteur d’un luxe continu. Tout y est calculé pour l’intimité et la surprise, l’échelle réduite permettant une intensité de raffinement que les grandes demeures ne pouvaient soutenir sur toute leur étendue.
Ce plan compact fait de la folie un manifeste d’architecture. Les meilleurs praticiens du temps y trouvent le terrain d’une recherche libre, dégagée du programme lourd des palais : François-Joseph Bélanger, maître d’œuvre de Bagatelle comme de la folie Saint-James, y déploie une invention de plan et de décor qui compte parmi les plus fines de la fin de l’Ancien Régime.

Matériaux et facture
La folie se bâtit avec les moyens de la belle construction parisienne. La pierre de taille calcaire des carrières du Bassin, dressée à joints fins, donne aux façades leur netteté et leur blancheur ; le pavillon de Bagatelle en offre l’exemple accompli, avec ses pilastres, ses guirlandes sculptées et sa coupole. La régularité de l’appareil, la pureté des lignes répondent au goût antiquisant du dernier tiers du siècle.
La brique fournit une alternative plus légère et plus intime, prisée pour l’effet champêtre qu’elle procure. La folie Beaujon comportait un pavillon dit « la Chartreuse », élevé dans un goût hollandais de brique, garni de glaces et d’un décor d’une liberté célèbre en son temps. Le matériau, moins noble que la pierre mais plus chaleureux, convenait à ces demeures qui jouaient de la simplicité affichée autant que du luxe caché.
À l’intérieur, le stuc, le plâtre et le marbre l’emportent. Les murs se couvrent de boiseries rechampies et dorées, de panneaux d’arabesques — ces rinceaux légers empruntés à l’antique et remis à la mode par les fouilles de Pompéi —, de trumeaux de glace du sol au plafond. La gypserie sculpte les corniches et les voussures ; les plafonds se peignent de ciels et d’allégories. Cette débauche décorative, contenue dans un volume modeste, définit le luxe propre à la folie : dense, concentré, sans un pouce de surface laissé nu.
La rapidité d’exécution est un trait constant, presque un sport mondain. Bagatelle fut construit en soixante-quatre jours et nuits par près de neuf cents ouvriers, du chantier ouvert le 21 septembre 1777 à l’inauguration du 26 novembre, pour gagner un pari lancé par la reine Marie-Antoinette. Ce goût du défi, cette architecture menée tambour battant pour éblouir en une saison, tiennent à la nature même de la folie, œuvre de caprice où la prouesse valait autant que la beauté.

Le jardin et ses fabriques
Le jardin n’est pas l’accessoire de la folie : il en est l’âme. Le pavillon règne sur un parc conçu comme un spectacle, et c’est dans ce parc que se joue l’essentiel de l’invention. Au jardin régulier hérité du siècle précédent, la folie oppose bientôt le jardin irrégulier venu d’Angleterre et de Chine — le jardin anglo-chinois —, allées sinueuses, pièces d’eau capricieuses, vallonnements factices, où le promeneur va de surprise en surprise.
Ce jardin se peuple de fabriques : constructions d’agrément disséminées dans le paysage, temples à colonnes, ruines feintes, grottes, kiosques chinois, tentes tartares, moulins et laiteries d’ornement. Louis Carrogis de Carmontelle, à qui le duc de Chartres confie le parc Monceau à partir de 1773, en fait un « jardin d’illusions » où se succèdent une naumachie — bassin bordé de colonnes évoquant les combats navals de l’Antiquité —, une pagode, un minaret et des vestiges de tous les temps et de tous les pays, réunis pour dépayser en quelques pas. La folie Saint-James poussa l’ambition jusqu’à dresser un Grand Rocher, entassement colossal de blocs de grès charriés de la forêt de Fontainebleau, abritant grotte et salle de bains à la romaine.
L’art de ces jardins tient à des mains célèbres. L’Écossais Thomas Blaikie, l’un des grands jardiniers-paysagistes actifs autour de Paris, compose les quinze hectares de Bagatelle et remanie Monceau vers 1785 dans un esprit plus anglais. Aux abords du pavillon, l’orangerie abrite l’hiver les végétaux fragiles des collections, tandis que subsistent, près de la maison, quelques compartiments réguliers hérités du jardin à la française, maintenus pour l’apparat.
Ce parti du jardin explique la fragilité patrimoniale du genre. Une fabrique de plâtre et de bois survit mal ; un « jardin d’illusions » demande un entretien constant. Beaucoup de ces décors ont disparu avec leurs commanditaires, et l’on ne connaît souvent les folies les plus fameuses que par les gravures et les recueils qui en fixèrent l’image.



Entre rocaille et retour à l’antique
La folie s’épanouit dans une décennie de bascule du goût. Née encore dans l’esprit léger de la rocaille — cet art de la courbe, de la coquille et de l’asymétrie qui domine la première moitié du XVIIIᵉ siècle —, elle atteint sa perfection au moment où triomphe le retour à l’antique, la sobriété des lignes droites, des colonnes et des frontons. Le genre porte ainsi la trace de deux esthétiques, la fantaisie de l’une et la rigueur de l’autre, souvent réunies dans une même demeure.
L’extérieur penche vers le néoclassicisme. Façades épurées, ordonnances régulières, portiques et coupoles empruntés aux temples anciens : la folie de la fin du règne affiche au-dehors une gravité savante, adaptée au nouveau canon. Bagatelle en est l’emblème, avec son pavillon d’une élégance dépouillée, ses guirlandes tendues et sa devise gravée — Parva sed apta, « petite mais commode ». La leçon de l’Antiquité, diffusée par les architectes et les graveurs, donne au genre sa tenue et sa mesure.
L’intérieur, lui, conserve plus longtemps la grâce mobile de la rocaille et l’exotisme du temps. Cabinets chinois, boudoirs turcs, décors d’arabesques : la folie autorise dans ses petites pièces des audaces que la façade s’interdit. Ce grand écart entre le dehors antique et le dedans fantaisiste n’est pas une contradiction, mais la formule même du genre — la raison au-dehors, le plaisir au-dedans.
Cette position charnière fait de la folie un jalon de l’histoire du goût. Les praticiens qui la servent — Bélanger au premier rang, mais aussi les architectes des jardins et des fabriques — y expérimentent, en marge des grands programmes, les formes que le siècle finissant lègue au XIXᵉ siècle. La folie fut un laboratoire autant qu’un divertissement.

Paris et les provinces
Si Paris a donné à la folie ses réalisations les plus éclatantes, le genre a fleuri dans toutes les grandes villes de fortune du royaume. Le mot lui-même y prend parfois un sens local et légèrement différent, mais la chose est partout la même : une maison de campagne d’agrément, à la porte de la ville, bâtie par une élite désireuse d’allier la vie mondaine et la douceur des champs.
Montpellier offre l’exemple provincial le plus accompli. Là, la folie désigne la maison de plaisance qu’élève, sous l’Ancien Régime, la noblesse de robe ou la haute bourgeoisie de la ville — vaste résidence secondaire où l’on transporte ses meubles à la belle saison. La dynastie des architectes Giral y donne le ton : Jean Giral dessine vers 1715 le château de la Mogère, tandis que le château de Flaugergues, commencé en 1696 par Étienne de Flaugergues, membre de la Cour des aides, en fixe le modèle. Façades rectilignes, frontons mesurés, jardins ordonnés à la française : les folies montpelliéraines penchent, dans le Languedoc ensoleillé, vers une élégance classique et retenue.
Le Bordelais connaît un phénomène parent avec ses maisons de plaisance de négociants et de parlementaires. Là, le type se confond souvent avec la chartreuse, demeure de plain-pied sur cave que l’on habite pour le plaisir mais qui peut aussi commander un domaine de vigne : la frontière entre la folie pure et la maison viticole s’y estompe, la richesse du négoce atlantique se répandant en villégiatures autour de la ville.
De cette diffusion se dégage une géographie sociale. Partout, la folie marque la lisière des grandes cités marchandes et administratives — Île-de-France, Languedoc, Guyenne, région lyonnaise —, là où s’était accumulé l’argent qui pouvait s’offrir le luxe de l’inutile. Elle est le signe bâti d’une prospérité urbaine cherchant, hors les murs, son théâtre de repos.

Distinctions
La folie se laisse cerner par ce qu’elle n’est pas. De la maison de ville et de l’hôtel particulier, elle se sépare par le site : ceux-ci logent le maître à demeure, dans la trame urbaine, sur un terrain compté ; la folie l’en éloigne, lui donne l’espace et le jardin, et ne l’accueille que par intermittence. La première est le lieu de la vie et des affaires, la seconde celui de l’échappée.
Du château, la folie diffère par la fonction et par l’esprit. Le château est résidence permanente, siège d’un lignage et souvent centre d’une seigneurie, chargé d’histoire et de représentation ; la folie n’a ni passé ni terres, ni devoir de rang. Sa petitesse est assumée, sa légèreté revendiquée : elle est au château ce que la fête est à la cérémonie. Le pavillon de chasse, qui partage avec elle le format réduit et l’agrément, s’en distingue par sa vocation cynégétique et son ancrage dans le domaine forestier, quand la folie n’a d’autre gibier que le plaisir.
Des maisons de campagne méridionales, enfin, la folie se démarque par l’absence d’exploitation. La bastide provençale et le mas sont des demeures rurales adossées à une terre productive — vigne, oliviers, blé —, aussi élégantes soient-elles ; la chartreuse bordelaise ou périgourdine mêle le plaisir et le domaine. La folie, elle, refuse toute utilité agricole : son jardin est un tableau, non un champ, et cette gratuité assumée fait sa singularité au sein des maisons de plaisance françaises.
Cette place à part tient à un mot d’ordre implicite. La folie assume d’être bâtie pour rien — pour la vue, pour la fête, pour le caprice —, et cette absence de justification pratique, loin d’être un défaut, constitue sa définition la plus exacte. Elle est la seule demeure française dont le nom même avoue qu’elle est de trop, et le proclame avec grâce.
Exemples remarquables
Le château de Bagatelle, au Bois de Boulogne, demeure la folie par excellence. Bâti en 1777 par Bélanger pour le comte d’Artois, gagné sur un pari de deux mois, il enchâsse dans un jardin dessiné par Thomas Blaikie un pavillon d’une sobriété savante, aujourd’hui protégé au titre des Monuments historiques. Sa devise — Parva sed apta — résume tout le genre. À Neuilly, la folie Saint-James, élevée de 1777 à 1780 par le même Bélanger pour le trésorier Baudard de Saint-James, conserve son fabuleux Grand Rocher de grès ; classée en 1922, elle abrite désormais un lycée.
Le parc Monceau garde, sous les remaniements du XIXᵉ siècle, la mémoire de la folie de Chartres composée par Carmontelle à partir de 1773 pour le duc de Chartres : la naumachie et sa colonnade en signalent encore l’ancien programme de fabriques. La folie Beaujon, en revanche, aménagée dès 1781 pour le banquier Nicolas Beaujon près des Champs-Élysées, a péri sous la croissance de Paris ; il n’en subsiste guère que le souvenir et le nom porté par un hôpital.
En province, les folies montpelliéraines forment un ensemble préservé sans équivalent. Le château de Flaugergues, commencé en 1696 et longtemps parfait par les Flaugergues, classé Monument historique et distingué comme jardin remarquable, déploie ses terrasses et son parterre sur les faubourgs de la ville ; le château de la Mogère, dessiné vers 1715 par Jean Giral, en donne la version la plus pure, avec son buffet d’eau et son jardin régulier. L’un et l’autre disent la fortune tranquille de la noblesse languedocienne.
Ces demeures composent un panorama complet du genre : l’éclat princier de Bagatelle, l’audace paysagère de Saint-James et de Monceau, la disparition de Beaujon, la permanence provinciale de Flaugergues et de la Mogère. Des plus fameuses aux plus discrètes, elles partagent le même refus de l’utile et le même culte du jardin, qui font la folie.

La valeur patrimoniale
La folie est un patrimoine rare parce qu’elle fut, dès l’origine, un patrimoine fragile. Bâtie pour l’éphémère, souvent de matériaux légers, portée par des fortunes que la Révolution a dispersées et par des jardins que la ville a rattrapés, elle a payé un lourd tribut au XIXᵉ siècle. Nombre des grandes folies parisiennes — Beaujon, la folie Titon et bien d’autres — ont entièrement disparu sous les lotissements ; leurs parcs, morcelés, ont nourri l’extension des faubourgs. Ce qui subsiste tient souvent du miracle.
La survie des plus belles doit tout à la protection publique. Le classement au titre des Monuments historiques a sauvé Bagatelle et la folie Saint-James de la démolition, préservant à la fois les pavillons et, quand il en restait, leurs jardins et leurs fabriques. Le label jardin remarquable distingue aujourd’hui plusieurs de ces domaines, reconnaissant que la valeur de la folie réside autant dans son parc que dans ses murs — vérité que le genre a toujours proclamée.
La restauration d’une folie pose des exigences singulières. Il s’agit moins de consolider une architecture robuste que de retrouver un art de la surface : boiseries, glaces, gypseries, décors peints, dont la finesse ne souffre ni l’approximation ni le pastiche. Le jardin, plus périssable encore, demande une érudition propre, capable de rendre vie à des tracés sinueux et à des fabriques disparues à partir des seules gravures anciennes. La reconversion, comme celle de la folie Saint-James devenue établissement scolaire, a parfois assuré la conservation au prix d’un usage nouveau.
Sur le marché de la demeure de caractère, la folie occupe une place à part, à la mesure de sa rareté. Peu nombreuses, chargées d’une histoire mondaine et artistique, indissociables de leur écrin de verdure, ces maisons de plaisance concentrent tout ce qui fait le prix du patrimoine d’agrément : la qualité du décor, la présence du jardin, le nom parfois illustre de leurs bâtisseurs. Elles demeurent, plus de deux siècles après leur âge d’or, le témoignage bâti d’une civilisation du loisir et du goût.
Édifices de référence
Classé Monument historique
Classée Monument historique (1922)
Parc Monceau, ancienne folie de Chartres
Jardin historique, vestiges de fabriques conservés
Folie Beaujon
Disparue au XIXᵉ siècle
Château de Flaugergues
Classé Monument historique, jardin remarquable
Château de la Mogère
Protégé au titre des Monuments historiques
Sources (6)
Mis à jour : 20/07/2026