Architecture & décor
Le jardin à l’anglaise
Jardin paysager né en Angleterre au XVIIIᵉ siècle et adopté en France sous les Lumières : tracés sinueux, vallonnements et pièces d’eau irrégulières composent une nature idéalisée que ponctuent des fabriques — temple, grotte, ruine. Contrepoint du jardin régulier, il substitue à l’axe et à la symétrie l’émotion, la promenade et la rêverie.

Le jardin à l’anglaise, ou jardin paysager, est un parc d’agrément qui donne l’image d’une nature libre alors qu’il est entièrement composé : allées courbes, pelouses ondulantes, bosquets, pièces d’eau aux rives sinueuses et perspectives ménagées y remplacent l’axe, le parterre et la symétrie du jardin régulier. Formé en Angleterre dans les années 1730, théorisé par Thomas Whately en 1770, il gagne la France au fil du siècle sous l’effet de l’anglomanie et de la sensibilité des Lumières, où l’on oppose sa liberté apparente à la géométrie du jardin à la française. Il se pique de fabriques — temple antique, grotte, ruine, chaumière, pont, colonne — qui rythment la promenade et sollicitent la mémoire ou la rêverie. Sa variante la plus ornée, dite anglo-chinoise, multiplie les constructions exotiques et les essences rares venues d’Orient.
Jardin anglais, paysager, anglo-chinois : les noms d’une révolution du goût
L’objet porte plusieurs noms, et aucun ne le dit tout entier. On parle de jardin à l’anglaise ou de jardin anglais pour marquer son origine — c’est d’Angleterre qu’est venu, au XVIIIᵉ siècle, ce renversement du goût qui tourne le dos au tracé régulier. On dit aussi jardin paysager ou parc paysager, formule plus descriptive qui insiste sur le programme : composer un paysage au lieu de dessiner une figure. Les contemporains, eux, employaient volontiers jardin anglo-chinois, expression qui mêle la référence anglaise à la mode des pavillons et des ponts venus de Chine, dont l’Europe se toquait alors.
Cette dernière appellation doit beaucoup à un éditeur parisien, Georges-Louis Le Rouge, qui publie de 1775 à 1789, en vingt et un cahiers, ses Jardins anglo-chinois ou détails de nouveaux jardins à la mode : près de cinq cents planches gravées qui répandent à travers le continent le répertoire du nouveau jardin, ses fabriques et ses tracés. Un cahier reproduit le traité de l’architecte anglais William Chambers sur les jardins d’Orient, et l’on voit par là combien le modèle chinois, réel ou rêvé, se greffe sur la souche anglaise pour former en France une manière propre.
L’adjectif anglais ne désigne pas ici une nation mais une esthétique : celle de la ligne courbe préférée à la ligne droite, de l’irrégularité voulue, de l’art qui se cache pour laisser croire à la nature. Le mot à l’anglaise s’oppose terme à terme au à la française, qui reste attaché au grand jardin régulier du siècle précédent. Deux façons de penser le rapport de l’homme au végétal s’affrontent dans ces deux locutions : soumettre la nature à la géométrie, ou feindre de la suivre en la corrigeant.

Imiter une nature idéalisée
Le principe du jardin à l’anglaise tient en une intention paradoxale : donner l’image d’une nature libre au terme d’un travail entièrement concerté. Là où le jardin régulier affiche l’ordre — axes, parterres brodés, allées tirées au cordeau, eau contenue dans des bassins géométriques —, le jardin paysager efface la contrainte et se règle sur la courbe. L’allée serpente, la pelouse ondule, l’eau prend le tracé libre d’une rivière, les arbres se rassemblent en bouquets ou se détachent en sujets isolés. Rien n’y est droit parce que rien, dans la campagne, ne l’est.
Ce parti pris n’est pas un abandon mais une composition d’un autre genre, empruntée à la peinture. Les créateurs anglais avaient sous les yeux les paysages de Claude Lorrain et de Nicolas Poussin, où une lumière dorée baigne des fabriques antiques posées au bord d’une eau calme ; ils firent du jardin un tableau que l’on parcourt, une suite de scènes se découvrant au promeneur à mesure qu’il avance. Le jardin cesse d’être un motif que l’on embrasse d’un coup d’œil depuis le perron pour devenir un parcours, une durée, une expérience.
À la promenade répond l’émotion. Le jardin paysager veut émouvoir, faire naître la rêverie, la mélancolie douce, le souvenir. Une ruine feinte évoque le temps qui passe, un tombeau la disparition d’un être cher, une grotte le recueillement, un temple la vertu antique. Cette charge sentimentale, étrangère à la froide magnificence du parterre régulier, accorde le jardin à la sensibilité nouvelle du siècle, celle qui, de Rousseau aux poètes, cherche dans la nature un miroir de l’âme.

La naissance anglaise : Kent, Brown et le tableau vivant
Le jardin paysager est né en Angleterre dans le premier tiers du XVIIIᵉ siècle, d’une réaction contre le jardin régulier d’inspiration française qui régnait jusque-là dans les grandes demeures. Les premiers artisans de ce tournant sont Charles Bridgeman puis William Kent, qui, dans les années 1730, adoucissent les lignes, ouvrent les perspectives sur la campagne environnante et introduisent la sinuosité. Kent travaille au parc de Stowe, dans le Buckinghamshire, où il substitue aux allées droites des promenades courbes, des pièces d’eau d’aspect naturel, de vastes pelouses et des fabriques dispersées.
À sa suite, Lancelot Brown, surnommé Capability pour son habitude d’évoquer les « capacités » d’un terrain, porte le style à son apogée à partir des années 1750. Il gomme jusqu’aux derniers vestiges de régularité, creuse d’immenses lacs d’allure naturelle, dispose les arbres en bosquets et ménage de larges vues qui font entrer le paysage dans le jardin. D’autres chefs-d’œuvre s’élèvent ailleurs : à Stourhead, dans le Wiltshire, Henry Hoare compose dès les années 1740, avec l’architecte Henry Flitcroft, un jardin autour d’un lac ceint de temples, sans que Kent ni Brown y aient pris part.
La doctrine trouve son livre en 1770, quand Thomas Whately publie ses Observations on Modern Gardening, première étude d’ensemble du jardin paysager anglais et analyse de ses effets sur la sensibilité du promeneur. L’ouvrage connaît un succès immédiat et se répand dès l’année suivante en traduction française, portant à la France le modèle et sa théorie. C’est de ce foyer anglais — jardins réalisés et traités imprimés — que va rayonner sur le continent la révolution du goût.
L’anglomanie, les Lumières et la querelle des jardins
Le nouveau jardin gagne la France dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, porté par l’anglomanie qui saisit alors l’aristocratie et par un courant de pensée plus profond. Aux Lumières, la nature devient une valeur : Jean-Jacques Rousseau en fait le lieu de la vertu et du sentiment vrai, et sa Nouvelle Héloïse, avec son jardin de Clarens laissé à une apparente liberté, offre au jardin paysager sa charte littéraire. Contre la géométrie autoritaire héritée du Grand Siècle, la ligne courbe prend une allure d’affranchissement, et l’on a pu lire dans l’opposition des deux styles celle de deux idées de l’ordre social.
Les théoriciens français s’emparent du sujet coup sur coup. Claude-Henri Watelet donne en 1774 son Essai sur les jardins, nourri des idées anglaises de Whately et tiré de l’expérience de son propre jardin du Moulin-Joly, à Colombes, l’un des premiers du genre en France. Jean-Marie Morel publie en 1776 une Théorie des jardins qu’il doit en partie à sa collaboration avec le marquis de Girardin. Ce dernier fait paraître à son tour, en 1777, De la composition des paysages, où il expose la manière de composer un jardin comme un peintre compose un tableau.
S’ouvre alors une véritable querelle des jardins. Les tenants du jardin à la française défendent la magnificence de l’ordonnance régulière, tandis que les partisans du paysager y voient une contrainte artificielle imposée à la nature. Le débat déborde l’esthétique : il oppose deux âges et deux sensibilités. En quelques décennies, le goût bascule, et le grand jardin régulier, hier symbole de la puissance et du bon goût, passe pour une survivance figée quand le paysager devient la manière moderne.
Les fabriques : temples, grottes et ruines de la promenade
Le trait le plus reconnaissable du jardin à l’anglaise est la présence des fabriques, ces constructions d’agrément semées dans le parc pour ponctuer la promenade et donner à voir. Temple circulaire à colonnes, grotte de rocaille, ruine artificielle, chaumière rustique, pont à l’italienne, colonne isolée, pavillon chinois, pyramide, tour gothique : le répertoire est vaste, et chaque fabrique compose un point de vue, une halte, une émotion réglée. Elle n’est pas un ornement gratuit mais le mot d’une phrase que le tracé fait lire dans l’ordre voulu.
Chaque type porte un sens. Le temple de la vertu ou de l’amitié célèbre un idéal antique ; la ruine feinte, bâtie neuve pour paraître vénérable, instille la méditation sur la fuite du temps ; le tombeau ou le cénotaphe honore un mort et charge le lieu de recueillement ; la grotte invite au retrait, la chaumière et la laiterie à la simplicité champêtre chère à Rousseau. Le jardin devient ainsi un discours en images, un parcours moral autant qu’une flânerie, où le promeneur cultivé déchiffre à mesure les allusions semées sous les frondaisons.
La variante anglo-chinoise multiplie ces constructions et les pousse vers l’exotisme et l’extravagance. C’est elle que diffusent les cahiers de Le Rouge, elle qui produit les jardins les plus foisonnants de fabriques, où le kiosque oriental voisine avec le temple grec et la tente tartare. Cette profusion, où la folie — pavillon de plaisance bâti à grands frais — trouve son terrain d’élection, fait du jardin une scène peuplée de citations architecturales, cabinet de curiosités à ciel ouvert autant que promenade.



L’eau, la terre et les plantations : la fabrique du naturel
Composer un jardin paysager demande de refaire la nature pour qu’elle paraisse intacte, et ce travail commence par la terre. On modèle le sol, on creuse des vallonnements, on dresse des tertres, on ménage des creux d’où surgira une fabrique ou que remplira une pièce d’eau ; le terrassement, invisible au résultat, est le premier des arts du jardinier paysagiste. Le relief n’est plus dressé contre la nature, comme la terrasse régulière, mais imité d’elle, jusqu’à faire oublier la main qui l’a façonné.
L’eau reçoit le même soin. Aux bassins géométriques du jardin régulier succède la rivière anglaise, cours d’eau sinueux au tracé libre, le lac d’allure naturelle aux rives découpées, la cascade jaillie d’un rocher. On détourne un ruisseau, on retient une source, on creuse un miroir dont on masque les bords sous les plantations, afin que rien ne trahisse l’artifice. L’eau serpente, se cache, se redécouvre, et son cours réglé donne au parcours son fil conducteur.
Aux limites du jardin, un dispositif discret ouvre la vue sur la campagne sans laisser paraître de clôture : le saut-de-loup, ou ha-ha. C’est un fossé sec, à paroi maçonnée du côté du jardin, qui arrête le bétail et le passant sans dresser de mur ni de grille visible ; l’œil embrasse le paysage au-delà comme s’il appartenait au parc. Le dispositif est décrit dès 1709 par Dezallier d’Argenville, dans sa Théorie et pratique du jardinage, qui rapporte le cri de surprise — « ah ! ah ! » — d’où le nom serait venu ; Horace Walpole tenait cet effacement des murs pour le coup de génie qui fit sortir le jardin de son enclos.
Restent les plantations, où le paysager renouvelle aussi la manière. Les arbres se disposent en bosquets irréguliers et en sujets isolés qui font tableau, délaissant les alignements et les charmilles taillées ; les pelouses s’étendent en larges nappes ; et l’engouement pour les essences rares importées d’Amérique et d’Orient — cèdres, tulipiers, arbres exotiques — enrichit le parc d’une collection botanique que la variante anglo-chinoise pousse volontiers à son comble.
Reconnaître un jardin à l’anglaise
Un jardin à l’anglaise se lit d’abord à sa géométrie absente. Là où le regard cherche un axe, une symétrie, un parterre dessiné, il ne trouve que des courbes : allées qui serpentent, rives découpées, contours flous des bosquets. Cette proscription de la ligne droite et de l’angle est le signe premier ; un jardin où nul tracé ne se répond de part et d’autre d’un axe, où l’on ne domine jamais l’ensemble d’un seul point, relève du parti paysager.
Les fabriques donnent le deuxième indice. Un temple isolé au bord de l’eau, une grotte, une ruine trop pittoresque pour être vraie, un pont jeté sur une rivière sinueuse, une colonne ou une chaumière plantée au détour d’une allée : ces constructions dispersées, sans fonction utilitaire évidente, sont propres au jardin paysager et signalent d’emblée son époque. Leur présence, plus encore que le tracé, date le jardin de la fin du XVIIIᵉ siècle ou du XIXᵉ.
Le rapport au paysage environnant fournit un troisième signe. Le jardin régulier s’enclôt et se suffit ; le paysager, au contraire, s’ouvre, capte les lointains, fait entrer un clocher, une colline, un bois dans sa composition. La présence d’un saut-de-loup — ce fossé qui remplace le mur pour préserver la vue — ou d’une percée ménagée vers l’horizon trahit ce désir d’absorber la campagne. Enfin, l’eau libre, les vallonnements modelés et les arbres en bouquets achèvent de distinguer le paysager de son aîné géométrique.
Distinctions : à la française, anglo-chinois, pittoresque
La distinction cardinale oppose le jardin à l’anglaise au jardin à la française. Ce dernier, porté à sa perfection par André Le Nôtre au XVIIᵉ siècle, soumet la nature à une géométrie rigoureuse : grand axe, symétrie, parterres de broderie, bassins réguliers, perspectives tirées au cordeau. Le paysager en prend l’exact contre-pied. Les deux styles ne sont pas de simples variantes décoratives mais deux philosophies du jardin, et bien des domaines les juxtaposent, un parterre régulier près du château se fondant plus loin en parc paysager.
Au sein même du genre paysager, on nuance le jardin anglais et le jardin anglo-chinois. Le premier, plus sobre, privilégie les grands effets de nature — pelouses, lacs, bosquets — à la manière de Capability Brown ; le second multiplie les fabriques exotiques, pavillons chinois, ponts, kiosques, et cultive l’extravagance pittoresque diffusée par Le Rouge et par les écrits de Chambers. En France, les deux tendances se mêlent le plus souvent, et l’étiquette anglo-chinois désigne moins un style distinct que la version française, richement peuplée de fabriques, du modèle venu d’Angleterre.
Il ne faut pas davantage confondre le jardin paysager avec la folie qui l’habite parfois. La folie est un édifice — pavillon de plaisance bâti par caprice —, quand le jardin à l’anglaise est une manière de traiter l’espace planté tout entier. De même, le jardin pittoresque n’est qu’un autre nom du paysager, insistant sur sa parenté avec la peinture. La difficulté du vocabulaire tient à ce que ces termes, forgés au fil du XVIIIᵉ siècle, se recouvrent en partie sans jamais coïncider tout à fait.

Jardins paysagers remarquables
Le parc d’Ermenonville, dans l’Oise, passe pour l’un des premiers et des plus purs jardins paysagers de France. Le marquis René-Louis de Girardin, auteur du traité De la composition des paysages, y façonne à partir de 1763, pendant plus de dix ans, une succession de tableaux inspirés de Claude Lorrain et de Poussin. C’est là que Jean-Jacques Rousseau, accueilli par Girardin, meurt le 2 juillet 1778 ; il est inhumé la nuit du 4 juillet dans un tombeau à l’antique dressé sur l’île des Peupliers, au cœur du jardin. Le lieu devient aussitôt un but de pèlerinage — Marie-Antoinette s’y rend le 14 juin 1780 —, et le transfert des cendres au Panthéon, en 1794, laisse en place un cénotaphe qui subsiste. Le parc, propriété du département de l’Oise et protégé au titre des Monuments historiques, s’étend aujourd’hui sur quelque soixante-deux hectares.
Le jardin anglais du Petit Trianon, à Versailles, naît du goût de Marie-Antoinette, qui fait remanier dès 1774 les anciens jardins botaniques de Louis XV en un vaste parc à l’anglaise. Son architecte Richard Mique, aidé du peintre Hubert Robert, y dispose une rivière sinueuse, un rocher, une grotte achevée en 1782, et deux fabriques choisies avec mesure : le Temple de l’Amour, élevé en 1777-1778 sur une île, et le Belvédère, ou pavillon du Rocher, achevé en 1781. Cet ensemble, servant d’écrin au petit château de Gabriel, compte parmi les jardins paysagers royaux les plus accomplis, contemporain de la vogue théorique du genre.
Contigu, le Hameau de la Reine prolonge le jardin anglais du côté du grand lac. Bâti de 1783 à 1786 par Richard Mique sous la conduite d’Hubert Robert, il aligne autour d’une pièce d’eau creusée pour l’occasion une dizaine de maisons rustiques au décor normand et flamand — moulin, laiterie, maison de la Reine —, hameau d’agrément où la souveraine goûte le charme feint de la vie champêtre. Il illustre à sa manière le versant rousseauiste du jardin paysager, celui qui met en scène la simplicité rurale.
Le Désert de Retz, à Chambourcy dans les Yvelines, est l’archétype du jardin anglo-chinois. François Racine de Monville y compose de 1774 à 1789, sur près de trente-huit hectares, un parc semé d’une vingtaine de fabriques — temple de Pan, tente tartare, église gothique, glacière en pyramide — dominé par l’étonnante Colonne détruite, colossal fût de colonne feint en ruine, large de quinze mètres, qui abritait la demeure de son auteur. Le lieu, classé au titre des Monuments historiques en 1941, reçut la visite de Thomas Jefferson et de Marie-Antoinette.
Le domaine de Méréville, dans l’Essonne, offre l’un des derniers et des plus somptueux jardins pittoresques du siècle. À partir de 1784, le financier Jean-Joseph de Laborde y emploie l’architecte François-Joseph Bélanger, puis, dès 1786, le peintre des ruines Hubert Robert, qui parachève des tableaux de nature idéalisée peuplés de fabriques. Le cénotaphe de Cook, dressé à la mémoire de l’explorateur anglais et achevé en 1788, en fut l’un des joyaux. Démembré au XIXᵉ siècle, le parc a vu cinq de ses fabriques remontées au château voisin de Jeurre, où le cénotaphe de Cook est classé au titre des Monuments historiques depuis le 9 août 1957.

La postérité : le triomphe du paysager au XIXᵉ siècle
La Révolution interrompt les grands chantiers de jardins, mais le style paysager en sort vainqueur. Au XIXᵉ siècle, il devient la manière commune, au point d’effacer presque partout le jardin régulier, jugé désuet. Le romantisme, épris de nature, de ruines et de rêverie, prolonge et amplifie la sensibilité née au siècle précédent ; le parc à l’anglaise devient le cadre obligé de la demeure de campagne, du château restauré comme de la villa nouvelle.
Le paysager conquiert aussi la ville. Sous le Second Empire, la création des grands parcs urbains — squares plantés, promenades, jardins publics aux allées courbes et aux pièces d’eau sinueuses — applique à l’échelle de la cité les principes du jardin anglais, désormais mis au service de l’hygiène et de l’agrément du plus grand nombre. Le vallonnement modelé, le lac artificiel, la fabrique-belvédère y perpétuent le vocabulaire forgé dans les parcs aristocratiques du XVIIIᵉ siècle.
Ce triomphe a paradoxalement fait tort à la mémoire du jardin régulier, dont beaucoup furent transformés en parcs paysagers au cours du siècle, leurs parterres effacés sous la pelouse et le bosquet. La redécouverte, plus tardive, de l’art de Le Nôtre conduira à en restaurer quelques-uns dans leur état d’origine. Le jardin à l’anglaise, lui, s’était si bien fondu dans le paysage français qu’on en oubliait presque l’origine étrangère et la date récente.

Le jardin paysager aujourd’hui : un patrimoine fragile
Le jardin à l’anglaise est un patrimoine d’une fragilité particulière, parce que sa matière est vivante et changeante. Un parterre de pierre se conserve ; un parc paysager, lui, vieillit avec ses arbres, se dénature quand les sujets meurent, s’envase quand l’eau n’est plus entretenue, s’efface quand les percées se referment sous la végétation. Nombre de ces jardins ont perdu leur dessin faute d’entretien, leurs fabriques se sont ruinées pour de bon ou, comme à Méréville, ont été démontées et dispersées.
La restauration d’un jardin paysager pose un problème singulier : rendre à un art qui imitait le hasard une composition dont on a souvent perdu le plan. Il ne s’agit pas de figer un état mais de retrouver l’esprit d’un tracé, la place des tableaux, l’équilibre des masses plantées, à partir de gravures, de plans anciens et de vestiges. Ce travail relève d’une double compétence, botanique et historique, et suppose, sur les jardins protégés au titre des Monuments historiques, le concours des services de l’État.
Depuis 2004, le ministère de la Culture distingue par le label Jardin remarquable les parcs et jardins ouverts au public qui présentent un intérêt historique, esthétique ou botanique ; nombre de jardins paysagers du XVIIIᵉ siècle en bénéficient, aux côtés de leur protection éventuelle comme monuments. Ce label, attribué pour cinq ans renouvelables, engage à l’ouverture et à l’entretien.
La valeur de ces jardins tient enfin à ce qu’ils disent d’un moment de la sensibilité française. Un tracé sinueux, un temple au bord de l’eau, une ruine feinte, un tombeau sous les peupliers racontent l’instant où l’Europe cultivée cessa d’aimer la ligne droite pour lui préférer la courbe, la promenade et l’émotion. Présenter un tel jardin, c’est faire valoir un décor rare et transmettre l’intelligence d’une époque, autant qu’assumer l’entretien constant que réclame une nature composée pour paraître libre.
Édifices de référence
Parc Jean-Jacques Rousseau (Ermenonville)
Classé au titre des Monuments historiques ; jardin paysager de René de Girardin, tombeau de Rousseau sur l’île des Peupliers (1778) ; propriété du département de l’Oise, env. 62 ha
Jardin anglais du Petit Trianon
Jardin paysager de Marie-Antoinette par Richard Mique et Hubert Robert ; Temple de l’Amour (1777-1778), Belvédère (1781), grotte (1782) ; domaine de Trianon
Hameau de la Reine
Hameau rustique de Richard Mique et Hubert Robert autour d’un lac artificiel ; versant champêtre du jardin anglais du Petit Trianon
Désert de Retz
Classé au titre des Monuments historiques (1941) ; jardin anglo-chinois de François Racine de Monville, env. 38 ha, une vingtaine de fabriques dont la Colonne détruite (1781)
Domaine de Méréville (fabriques remontées à Jeurre)
Jardin pittoresque de J.-J. de Laborde par F.-J. Bélanger puis Hubert Robert ; cénotaphe de Cook (1788) classé Monument historique le 9 août 1957 au château de Jeurre
À la vente chez Groupe Mercure

Château du XIXᵉ siècle

Manoir du XIXᵉ siècle, parc de 2,2 hectares

Château, inscrit à l’inventaire supplémentaire, parc de 18,9 hectares

Château en partie classé et son parc à l’anglaise de 4,5 hectares
Vendu
Maison de ville en pierre de taille
Vendu
Manoir, parc de 20,2 hectares
Vendu
Château du XIXᵉ siècle, parc de 6,5 hectares
Vendu
Château du XXᵉ siècle, parc de 6,1 hectares
Vendu
Sources (8)
Mis à jour : 22/07/2026