Styles de demeures

Le mas

mas provençal · bastidon

Corps de ferme du Midi méditerranéen, né de l’exploitation familiale occitane, réunissant logis et bâtiments agricoles sous de longs volumes bas de pierre calcaire, façade au sud et dos au mistral, coiffés de tuiles canal bordées d’une génoise.

Le mas du Pont de Rousty en Camargue, long corps de bâtiment bas flanqué d’un pigeonnier
Le mas du Pont de Rousty (Camargue) : de longs volumes bas sous un même faîtage, un pigeonnier à l’angle — aujourd’hui musée de la Camargue.Estelle Rouquette — CC BY-SA 4.0

Le mas est la maison du travail de la terre en pays d’oc méditerranéen, de la Provence au Roussillon. Le mot vient du latin « mansus », l’exploitation agricole ; la chose est une ferme qui grandit avec la famille et le domaine, agrégeant au fil des générations logis, étable, grange, magnanerie et pigeonnier. Tout y procède du climat et du sol : la façade se tourne vers le sud et se ferme au mistral du nord, les murs se montent de la pierre tirée des champs, le toit de tuiles canal à faible pente se borde d’une génoise. Longtemps demeure ordinaire des paysans du Midi, le mas est devenu, depuis le XXᵉ siècle, l’une des figures les plus recherchées du patrimoine rural français.

Origines et étymologie

Le mot « mas » est occitan. Il procède du latin mansus, participe passé du verbe manere, « demeurer, rester » — la même racine qui a donné mansio, d’où vient « maison », et manere encore, d’où « manoir » et « manant ». Étymologiquement, le mas est donc « ce qui demeure », le lieu fixe où l’on réside et d’où l’on exploite la terre. La forme française retient l’accusatif mansum ; l’ancien provençal, lui, a conservé la consonne finale, si bien que, dans le Midi, le s de « mas » se fait entendre — on dit le mass, quand le Nord prononce le mâ, muet. L’Académie française relève que le mot vit « exclusivement dans le Sud de la France » et n’a jamais essaimé au-delà de son aire d’origine.

Au sens du droit féodal, le mansus désignait une réalité plus vaste que le seul bâtiment : l’unité d’exploitation soumise à redevance, c’est-à-dire l’ensemble des terres mises en valeur — champs, prés, vignes — que les historiens rendent par le terme de manse. Le manse carolingien est l’ancêtre lointain et administratif du mas : une tenure paysanne, mesure de la terre autant que de l’homme qui la travaille. De cette double origine — la demeure et le domaine — le mot a gardé l’ambivalence : un mas est à la fois la maison et l’exploitation, le bâti et le fonds.

L’aire du mot dessine une géographie linguistique précise : celle de l’occitan méridional, de la basse Provence au Bas-Languedoc et au Roussillon catalan, en passant par le Comtat, la vallée du Rhône et les marges des Cévennes. Hors de cette zone, d’autres termes nomment la ferme — la borde gasconne, le domaine, la métairie — mais le mas leur reste étranger. Le voisinage occitan a produit des parents proches, tels l’oustau ou l’ostal, la maison au sens plein ; le mas s’en distingue en ce qu’il porte toujours la charge agricole, l’idée d’un ensemble voué à produire.

L’exploitation méditerranéenne et son histoire

Depuis le Moyen Âge, le mas est la cellule de base de l’agriculture méditerranéenne : une exploitation familiale dont les produits — blé, légumes, fruits, huile, bêtes de boucherie, œufs — sont destinés pour l’essentiel à la vente. Cette vocation marchande le distingue de la simple maison paysanne de subsistance : le mas est une entreprise agricole, calibrée sur un domaine, et son bâti grandit avec la fortune de ce domaine. Les édifices les plus modestes tiennent en quelque cent cinquante mètres carrés ; les plus vastes, agrégés au fil des siècles, en dépassent le millier.

Le mas croît par accrétion, non par plan d’ensemble. À la génération qui bâtit le premier logis succèdent celles qui ajoutent une travée, relèvent un étage, accolent une remise, dressent un pigeonnier — chaque prospérité laissant sa trace dans la pierre. La polyculture méditerranéenne commande ces agrandissements : l’olivier, la vigne, les céréales, l’élevage ovin, le maraîchage, puis, à partir du XVIIᵉ siècle, une culture nouvelle qui va transformer des pans entiers du Midi rural, la sériciculture — l’élevage du ver à soie.

La soie fut, deux siècles durant, le grand moteur de l’enrichissement du mas cévenol et rhodanien. L’agronome Olivier de Serres, seigneur du Pradel en Vivarais, en avait posé les principes dès 1599 dans un traité de la Cueillette de la soye, puis en 1600 dans son Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, imprimé pour Henri IV ; le roi soutenait alors une politique de plantation massive du mûrier blanc, dont la feuille nourrit le ver. L’impulsion décisive vint pourtant du climat : le Grand Hiver de 1709, qui gela châtaigniers et oliviers, poussa les paysans à replanter en mûriers — arbre résistant jusqu’à -25 °C — les terres dévastées. Le mûrier devint « l’arbre d’or » des Cévennes, et la magnanerie, où l’on élève les vers, un local souvent logé dans un étage ajouté au mas.

L’apogée se situe au milieu du XIXᵉ siècle : la production française de cocons culmine vers 1853, avec un record de l’ordre de 26 000 tonnes. Le déclin, brutal, suivit de près. La pébrine, maladie du ver à soie causée par le microsporidie Nosema bombycis — ainsi nommée du provençal pèbre, le poivre, à cause des taches sombres qu’elle sème sur le corps de l’insecte —, ravagea les élevages ; Louis Pasteur en étudia le mécanisme dans les années 1860. À la maladie s’ajoutèrent l’ouverture du canal de Suez en 1869, qui fit affluer la soie asiatique, et l’essor de fibres concurrentes. La production s’effondra à quelque 7 500 tonnes dès 1856, puis 4 000 tonnes en 1865, et la sériciculture méridionale s’éteignit peu à peu, laissant aux mas leurs magnaneries désaffectées et leurs rangées de mûriers.

Frontispice gravé du Théâtre d’agriculture d’Olivier de Serres, édition de 1600
Le frontispice du Théâtre d’agriculture et mesnage des champs d’Olivier de Serres (1600), qui posa les principes de la sériciculture, moteur de l’enrichissement des mas cévenols et rhodaniens.Olivier de Serres, Le Théâtre d’agriculture (1600) — BnF/Gallica, domaine public
Cocons de vers à soie et fils de soie grège
Cocons de ver à soie et fils grèges : la magnanerie du mas abritait leur élevage, des claies de mûrier à la montée sur les rameaux où filait le cocon.Stéphanie Thimonier-Vial — CC BY-SA 4.0

L’implantation et le rapport au climat

Aucun trait ne définit mieux le mas que son orientation. La façade principale — celle qui porte l’entrée, les fenêtres, la vie — se tourne presque invariablement vers le sud ou le sud-est, cependant que le mur nord, aveugle ou percé de rares jours étroits, oppose son dos au mistral, ce vent sec et violent qui descend la vallée du Rhône du nord-nord-ouest. Ce parti n’est pas d’agrément mais de nécessité : capter le soleil d’hiver, se protéger de la bise, tempérer la fournaise de l’été. Les ouvertures obéissent à la même logique — larges et nombreuses au midi, comptées et menues partout ailleurs.

Au parti d’orientation répond un art de la protection végétale. Contre le mistral, on plante au nord un rideau serré de cyprès, brise-vent dressé comme une haie sombre ; au sud, un ou deux platanes, un micocoulier, une treille tendent au contraire leur ombre sur la façade et le seuil, tamisant la lumière d’été sans priver la maison du soleil bas de l’hiver, quand l’arbre est nu. Le mas s’adosse volontiers à une légère éminence, à un talus, au flanc d’un vallon, qui le calent dans le relief et le soustraient un peu plus au vent.

L’eau, enfin, commande l’assise. En terre méditerranéenne, où les pluies sont rares et brutales, le mas s’organise autour de ses réserves : un puits capte la nappe, une citerne recueille et conserve l’eau de pluie tombée des toits, parfois un canal d’arrosage — une filiole dérivée d’un cours voisin — irrigue le jardin et le pré. Situer un mas, c’est d’abord y lire cette négociation constante avec le soleil, le vent et l’eau, dont chaque disposition du bâti porte l’empreinte.

Mas de pierre au bord d’un champ de lavande, en Drôme provençale
Le mas dans son terroir : bâti de pierre calcaire au bord des lavandes, cyprès plantés en brise-vent.Arnaud 25 — Domaine public

Le plan et la volumétrie

Le mas se présente d’ordinaire comme un volume simple et bas : un parallélépipède allongé, couvert d’un toit à deux pentes, élevé le plus souvent d’un seul étage sur rez-de-chaussée. À ce noyau, les agrandissements successifs ajoutent des retours en équerre, un corps en aile, si bien que le plan peut s’articuler en L, en U, autour d’une cour close. Le trait constant reste l’horizontalité — de longs bâtiments qui filent au ras du sol, sans la verticalité d’une maison de maître.

La disposition intérieure épouse la double fonction, agricole et domestique, de l’édifice. Au rez-de-chaussée se logent les espaces liés aux bêtes et la cuisine, réunis là pour leur chaleur : l’étable et l’écurie, dont la tiédeur animale monte vers l’étage, jouxtent la salle commune où brûle l’âtre. Un escalier, souvent central, dessert à l’étage un couloir de distribution placé au nord — côté froid, sacrifié — sur lequel s’ouvrent les chambres, tournées vers le sud. Les combles, enfin, servent de grenier à foin et à grain, dont la masse isole le logis sous la toiture.

Sous un même faîtage ou dans des corps contigus s’ordonnent le logis, l’étable, la grange, la remise à matériel, le cellier où l’on serre le vin et l’huile. Devant la maison ou dans son enclos s’étend souvent l’aire de battage, dite aussi aire de dépiquage : une surface plane, dallée de galets disposés en arcs de cercle et en compartiments, où l’on foulait les gerbes de blé pour en séparer le grain de la paille, à l’aide du fléau, du rouleau ou du piétinement des bêtes. Cet ensemble fonctionnel — habiter, abriter, engranger, battre — forme le mas complet, machine agricole autant que demeure.

Cour du mas de Sylvéréal en Camargue, corps de bâtiments disposés en U autour d’une fontaine
La cour du mas de Sylvéréal : logis et bâtiments d’exploitation s’ordonnent en U autour d’une cour close à fontaine.Schofför — CC BY-SA 3.0

L’architecture et les matériaux

Le mas se bâtit de ce que le domaine fournit. La pierre en est la matière première : un calcaire local, monté en moellon — pierre brute ou à peine équarrie, hourdée au mortier et destinée à l’enduit —, tiré des bancs voisins ou ramassé à l’épierrement des champs. Les Alpilles ont livré la belle pierre de Fontvieille ; la Camargue et la Crau, les galets du Rhône ; le Roussillon, ses galets lités et son ocre. Le liant lui-même est du sol : le mortier n’est bien souvent que de la terre argileuse, parfois amendée de chaux. Les murs, épais, offrent une forte inertie qui garde le frais l’été et retient la chaleur l’hiver.

La couverture signe le paysage. Le mas se coiffe de la tuile canal, tuile creuse en demi-tronc de cône héritée de la couverture romaine, posée en rangs de courant et de couvert sur un toit à faible pente — adapté au climat sec et aux averses rares. Sous l’égout court la génoise, corniche de couronnement formée d’un à quatre rangs de tuiles canal superposées et scellées au mortier, débordant l’une sur l’autre : elle éloigne l’eau de pluie de la façade et marque le haut du mur d’un jeu d’ombre horizontal. La tradition veut que le nombre de rangs y ait signalé le rang du propriétaire.

L’intérieur prolonge cette économie de moyens. Les murs reçoivent un enduit — protection contre les rongeurs et le froid à l’intérieur, contre l’eau à l’extérieur, où il laisse la maçonnerie respirer. Le rez-de-chaussée est fréquemment voûté, en berceau ou en arc segmentaire, ce qui porte les planchers de l’étage et rafraîchit les pièces basses. Les sols se couvrent de tomettes, ces carreaux de terre cuite hexagonaux dont la teinte rouge patinée est indissociable des intérieurs méridionaux. Nulle recherche décorative dans ce vocabulaire : la beauté du mas naît de la justesse des matériaux et de leur mise en œuvre, non d’un ornement rapporté.

Mas du XVIIIᵉ siècle adossé à une colline près de Viens, dans le Luberon
Un mas du Luberon (XVIIIᵉ siècle) adossé au relief, entre pins et cultures.Gilbert Bochenek — CC BY 3.0

Les dépendances et leurs usages

Le mas prospère se reconnaît à ses dépendances, chacune liée à une production. La magnanerie — du provençal magnan, le ver à soie — est le local d’élevage du bombyx : une pièce chauffée, souvent un étage entier ajouté au bâti, garnie de claies étagées où l’on nourrissait les vers de feuilles de mûrier, du printemps à la montée sur les rameaux où ils filaient leur cocon. Ses larges ouvertures réglables, ses cheminées de tirage, sa proximité des mûriers la trahissent encore sur bien des mas de la vallée du Rhône, du Gard et des basses Cévennes, longtemps après l’extinction de la soie.

Le pigeonnier, ou colombier, se dresse en tour d’angle ou se détache dans la cour : il abritait l’élevage des pigeons, dont la chair complétait l’ordinaire et dont la fiente, la colombine, fournissait un engrais recherché. Sous l’Ancien Régime, le colombier « à pied » — bâti sur toute sa hauteur — relevait d’un privilège seigneurial, aboli dans la nuit du 4 août 1789 ; sa présence sur un mas ancien renvoie souvent à ce droit disparu.

S’ajoutent les dépendances du quotidien paysan : le four à pain, maçonné en voûte, où cuisait la fournée de la maisonnée ; la bergerie, longue et basse, pour le troupeau ovin qui, dans la Crau et les Alpilles, montait l’été vers les alpages par la transhumance ; le pressoir, pour l’huile d’olive et le vin ; le puits et la citerne. À l’écart, sur les terres, se rencontre parfois le cabanon — abri sommaire d’une pièce, remise de culture et halte d’ombre — que la Provence a fini par charger d’une valeur affective, presque emblématique de son art de vivre.

Ancienne magnanerie à Mirabeau, vaste bâtiment lié à l’élevage du ver à soie
Une ancienne magnanerie du Vaucluse : le vaste bâtiment d’élevage du ver à soie, dépendance née de la sériciculture.Yelkrokoyade — CC BY-SA 3.0

Variantes régionales et parenté

Sous un type commun, le mas se décline selon les pays. Le mas des Alpilles et du Luberon donne la forme la plus connue : le bloc rectangulaire d’un étage sur rez-de-chaussée, en calcaire clair, adossé au relief. Le mas de Camargue, plus vaste, s’apparente à une petite hacienda — murs blanchis à la chaux, cour intérieure, corps disposés en U réunissant logis et écuries —, centre d’une manade, ce troupeau de taureaux et de chevaux dont le manadier est le maître. On se gardera de le confondre avec la cabane de gardian, humble logis de torchis et de sagne — le roseau des marais — à façade pignon et abside arrondie, qui abritait, lui, le personnel d’élevage. Voir la notice de la cabane de gardian.

Le mas de la Crau reprend le plan camarguais, mais adapté à la plaine caillouteuse, plate et battue des vents, privée d’eau vive : logis du maître et du fermier s’y partagent un même corps, cuisine en bas, chambres à l’étage. Le Comtat Venaissin et le pays d’Apt ont leurs fermes de calcaire et d’ocre. Le Bas-Languedoc, gagné par la monoculture de la vigne au XIXᵉ siècle, a produit le mas viticole, où le logis s’efface devant la vaste cave et le chai, dilatés au rythme des vendanges. Le diminutif bastidon désigne, lui, le petit mas, la modeste maison des champs.

Le mas se situe enfin par ce qu’il n’est pas. Il n’est pas la bastide provençale, maison de maître d’agrément que la bourgeoisie d’Aix ou de Marseille se fit bâtir aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, symétrique, enduite et ordonnancée sur ses jardins : le mas naît du travail de la terre, la bastide du loisir de la villégiature, quand bien même l’une et l’autre partagent la tuile canal et la génoise. Il n’est pas davantage la borie — cette cabane de pierre sèche, montée sans mortier, qui n’est qu’un abri de culture et non une demeure. Le mas est d’abord une ferme, tout entier dans sa vocation productive, là où la bastide dit l’apparat et la borie le simple refuge.

Cabanes de gardians dans la plaine de Camargue, carte postale du début du XXᵉ siècle
Cabanes de gardians en Camargue (carte postale, début du XXᵉ siècle) : torchis, toit de sagne à pignon, humble logis du personnel d’élevage — à ne pas confondre avec le mas.Cliché N. D., carte postale ancienne — domaine public

Mas remarquables et mémoire

Quelques mas ont acquis, par leur architecture ou leur histoire, une notoriété qui déborde le pays. Le Mas de la Brune, à Eygalières, au pied des Alpilles, est le plus orné : bâti en 1572 pour le consul Pierre Isnard, il porte fenêtres à meneaux, corbeaux et décor sculpté d’une facture Renaissance rare sur une maison des champs. Il tient son nom de l’épouse d’un Isnard du XVIIᵉ siècle, surnommée « la Brune », et se trouve classé au titre des monuments historiques par arrêté du 9 août 1924, sous la dénomination de « manoir Renaissance dit Mas de la Brune ».

Non loin, à Saint-Rémy-de-Provence, le Mas de la Pyramide s’adosse aux carrières antiques de Glanum : ferme en partie troglodytique, creusée dans la roche que les tailleurs de pierre romains et médiévaux ont laissée en falaises, il est habité par la même famille depuis 1609 et conservé aujourd’hui en musée agraire. À Maillane, le Mas du Juge est la maison natale de Frédéric Mistral, poète de langue provençale né en 1830 et fondateur du Félibrige en 1854 : c’est là, parmi les gens du mas, qu’il puisa la matière de son grand poème Mirèio (1859), dont le cadre, le « mas des Micocoules » au pied des Alpilles, transpose sa maison d’enfance. Le prix Nobel de littérature, décerné à Mistral en 1904, consacra cette œuvre enracinée dans la terre du mas.

L’histoire religieuse a marqué d’autres murs. Le Mas Soubeyran, à Mialet dans les Cévennes gardoises, vit naître Pierre Laporte, dit Rolland, l’un des chefs de la révolte camisarde du début du XVIIIᵉ siècle ; il abrite depuis le Musée du Désert, consacré à la résistance protestante sous la clandestinité. En Camargue, le Mas du Pont de Rousty, ancienne exploitation du delta, est devenu le siège du Parc naturel régional de Camargue et le Musée de la Camargue.

La littérature et la peinture ont fait du mas un motif. Frédéric Mistral et Alphonse Daudet en ont peuplé la Provence écrite ; Henri Bosco lui a donné un roman, Le Mas Théotime, couronné du prix Renaudot en 1945, où la ferme devient presque un personnage. Vincent van Gogh, à Arles en 1888, a semé les mas dans les vastes horizons de la Crau — sa Moisson, conservée au musée Van Gogh d’Amsterdam, dispose au milieu des blés les longs bâtiments bas des fermes provençales. Le mas, chez eux, cesse d’être un simple abri pour devenir une image du Midi.

Le Mas de la Brune à Eygalières, cour avec puits et platane
Le Mas de la Brune à Eygalières (1572), classé monument historique : le plus orné des mas des Alpilles, de facture Renaissance rare sur une maison des champs.Marianne Casamance — CC BY-SA 3.0

La valeur patrimoniale

La valeur patrimoniale du mas tient d’abord à sa vérité agricole : il est le témoin bâti d’une économie rurale méditerranéenne, celle de la polyculture et de la soie, dont il porte inscrites dans la pierre les fonctions successives. Un mas authentique se lit comme un document — l’orientation qui dit le climat, la magnanerie qui dit la soie, l’aire de battage qui dit le blé, la génoise qui dit le pays. Cette lisibilité fait sa singularité parmi les demeures rurales : rien n’y est gratuit, tout y répond à un usage ou à une contrainte.

L’orientation, les matériaux et les dépendances constituent le triple critère de son authenticité. La façade au sud et le dos au mistral, le calcaire de moellon monté à la terre et à la chaux, la tuile canal et sa génoise, la présence conservée du pigeonnier, du four ou de la magnanerie : autant de traits qui distinguent le mas ancien, sédiment de plusieurs siècles de travail, de la construction récente qui en emprunte l’apparence sans en avoir l’histoire. La diffusion du terme dans le langage courant, au XXᵉ siècle, en a d’ailleurs brouillé le sens, appliqué à des demeures qui n’ont du mas que le toit de tuiles.

Restaurer un mas engage un savoir-faire fidèle à cette économie d’origine : enduits et mortiers à la chaux, respirants, plutôt que le ciment qui enferme l’humidité dans la pierre ancienne ; tuiles canal de récupération à la génoise ; tomettes conservées ; volumes agricoles réunis sans effacer leur logique. Le mas ne se pare pas — il se comprend. C’est dans la conservation de ses dispositions premières, celles que le climat et la terre ont dictées, que réside la part la plus haute de sa valeur.

« La Moisson », tableau de Vincent van Gogh (1888) : la plaine de la Crau parsemée de mas
Vincent van Gogh, « La Moisson » (1888) : la plaine de la Crau ponctuée de mas et de meules. Van Gogh Museum, Amsterdam.Vincent van Gogh (musée Van Gogh, Amsterdam) — Domaine public
Mas provençal du XVIIIᵉ siècle en Drôme provençale, vue aérienne
Un mas du XVIIIᵉ siècle en Drôme provençale, restauré et habité : longs volumes de pierre, tuiles canal, vignes et cyprès au pied du relief — bien présenté par Groupe Mercure.Groupe Mercure (bien réf. 5069LY, Drôme)

Édifices de référence

  • Mas de la Brune

    Eygalières (Bouches-du-Rhône) · XVIᵉ siècle (1572)

    Classé au titre des monuments historiques (arrêté du 9 août 1924)

  • Mas de la Pyramide

    Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône) · habité depuis 1609

    Ferme troglodytique, musée agraire, près du site de Glanum

  • Mas du Juge

    Maillane (Bouches-du-Rhône) · XIXᵉ siècle

    Maison natale de Frédéric Mistral (1830), prix Nobel de littérature 1904

  • Mas Soubeyran

    Mialet (Gard) · XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècle

    Maison natale du camisard Pierre Laporte dit Rolland ; Musée du Désert

  • Mas du Pont de Rousty

    Arles, Camargue (Bouches-du-Rhône) · XIXᵉ siècle

    Siège du Parc naturel régional de Camargue ; Musée de la Camargue

  • Le Mas Théotime (mas de fiction)

    Provence intérieure · XXᵉ siècle

    Cadre du roman d’Henri Bosco (1945, prix Renaudot)

  • Mas des Micocoules (mas de fiction)

    au pied des Alpilles · XIXᵉ siècle

    Cadre du poème Mirèio de Frédéric Mistral (1859)

  • Domaine du Pradel

    Mirabel (Ardèche) · XVIᵉ-XVIIᵉ siècle

    Exploitation modèle d’Olivier de Serres, berceau de la sériciculture française

En images

Mas provençal aux contrevents colorés près de Rognes, Bouches-du-Rhône
Un mas des Bouches-du-Rhône : corps de ferme allongé, contrevents vifs sur la pierre blonde.SiefkinDR — Domaine public

À la vente chez Groupe Mercure

Quelques biens de ce style figurant dans nos sélections.

Sources (15)
  • Manoir Renaissance dit Mas de la Brune, Eygalières (notice Mérimée PA00081246)

    Protection Monuments HistoriquesMinistère de la Culture1924Consulter
  • À propos d’un mot venu du Sud

    Dominique Bona

    Source institutionnelleAcadémie française2016Consulter
  • La sériciculture en Cévennes

    Source institutionnelleAssociation Chemins de la SoieConsulter
  • Frédéric Mistral — Facts (prix Nobel de littérature 1904)

    Source institutionnelleThe Nobel FoundationConsulter
  • Frédéric Mistral

    Source institutionnelleMairie de MaillaneConsulter
  • Musée du Désert, Mas Soubeyran (Mialet)

    Source institutionnelleMusée protestantConsulter
  • mas — Dictionnaire de l’Académie française, 9ᵉ édition

    Dictionnaire raisonnéAcadémie françaiseConsulter
  • Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs

    Olivier de Serres

    Ouvrage de référence1600
  • Le Mas Théotime

    Henri Bosco

    Ouvrage de référence1945
  • L’architecture rurale française — Provence

    Ouvrage de référenceMusée national des Arts et Traditions populaires
  • Mas (construction)

    ArticleWikipédiaConsulter
  • Sériciculture

    ArticleWikipédiaConsulter
  • Le Mas Théotime (notice)

    ArticleWikipédiaConsulter
  • Cabane de gardian

    ArticleWikipédiaConsulter
  • La Moisson (Van Gogh)

    ArticleWikipédiaConsulter
Provencetuiles canalferme

Mis à jour : 17/07/2026