Territoires & paysages
Le clos
Un mur, un talus planté ou une haie, et la parcelle change de nature : le clos crée un microclimat, une limite juridique et une valeur. Le Clos de Vougeot doit son nom au sien, les clos-masures du pays de Caux au leur.

Le clos est une parcelle entourée d’une clôture continue et permanente — mur de pierre, talus planté, haie vive épaisse —, qui la sépare juridiquement et climatiquement de ce qui l’entoure. La clôture y est constitutive : elle ne borne pas seulement, elle transforme. Un mur de deux mètres abrite du vent, restitue la nuit la chaleur emmagasinée le jour, avance la floraison de plusieurs jours et permet des cultures que la parcelle ouverte ne porterait pas. Quatre familles se distinguent. Le clos de vigne, dont le mur signale et protège une parcelle d’exception. Le clos de jardin ou potager, avec ses murs d’espaliers exposés au sud. Le clos monastique, enceinte du temporel d’une abbaye. Et le clos-masure du pays de Caux, où un talus de terre planté de hêtres enferme un quadrilatère d’un à quatre hectares abritant la ferme, ses bâtiments dispersés et son verger.
Ce que fait un mur
L’effet d’un clos sur les cultures est mesurable. Une clôture haute réduit fortement la vitesse du vent sur une distance de plusieurs fois sa hauteur, ce qui diminue l’évaporation, protège les fleurs et limite la casse. Un mur de pierre ou de brique exposé au sud accumule la chaleur du jour et la restitue la nuit, relevant la température de quelques degrés au ras du parement : c’est ce que recherchent les espaliers, pêchers, abricotiers et vignes palissés contre le mur.
Le clos protège aussi du gibier et du bétail, et il fixe une limite qu’aucune contestation ne peut effacer. C’est pourquoi la clôture a valeur juridique : le code civil reconnaît le droit de se clore, et une parcelle close échappe à des usages collectifs — vaine pâture, droit de passage, chasse banale — auxquels une parcelle ouverte reste soumise. Dans les pays d’openfield, se clore était un acte de rupture avec la communauté villageoise ; dans les pays de bocage, c’était la règle.
Le clos de vigne
Le mot est resté attaché à la Bourgogne, où il désigne les parcelles les plus prestigieuses du vignoble. Le Clos de Vougeot, constitué par les moines de Cîteaux à partir du XIIᵉ siècle et clos de murs au XVIᵉ, s’étend sur une cinquantaine d’hectares autour de son château de pressoirs ; le Clos de Tart, le Clos des Lambrays, le Clos Saint-Jacques, le Clos de Bèze relèvent de la même logique — un mur qui dit qu’ici la terre n’est pas la même.
Le mur y remplit trois offices : il protège du gibier et du passage, il modifie le microclimat de la bordure, et il signale. Dans une côte où les meilleurs climats jouxtent des parcelles ordinaires sans qu’aucun signe visible ne les distingue, le mur rend la hiérarchie lisible. Il porte souvent un portail daté et armorié, dont la présence sur une parcelle vaut acte de notoriété. Sa disparition, ou son remplacement par une clôture métallique, ôte au paysage viticole ce qui le rend intelligible.
Le jardin clos et le potager
Le jardin de production a presque toujours été clos. Le potager historique d’un domaine se développe derrière des murs de deux à trois mètres, organisés en carrés autour d’un bassin, avec les espaliers plaqués contre les murs les mieux exposés et les cultures rustiques au centre. Le mur nord, le plus chaud sur sa face sud, reçoit les fruits les plus délicats ; le mur sud, froid sur sa face nord, porte les cultures tardives et les fruits de conservation.
Les monastères ont transmis ce modèle. L’enclos d’une abbaye — mur, porterie, jardins, viviers, vergers, cimetière — constitue un clos de plusieurs hectares dont l’emprise se lit encore dans le parcellaire des bourgs monastiques après la disparition des bâtiments. Le clos de jardin des maisons de ville, plus modeste, garde la même logique : quelques ares fermés d’un mur, qui font tout le prix d’une maison de ville ancienne.

Le clos-masure cauchois
Le pays de Caux, plateau venté de Normandie entre Le Havre et Dieppe, a produit une forme de clos sans équivalent. Le clos-masure est un quadrilatère d’un à quatre hectares ceint d’un talus de terre haut d’un à deux mètres, planté d’une rangée de hêtres, de chênes, de charmes ou de frênes qui coupent le vent d’ouest. À l’intérieur, une prairie plantée de pommiers, et des bâtiments dispersés sans plan d’ensemble : la maison, l’étable, la grange, la charreterie, le pigeonnier, le pressoir à cidre.
Cette dispersion, contraire à l’usage français du corps de ferme groupé, s’explique par le risque d’incendie sur des bâtiments à colombage et couverture de chaume, et par la place disponible à l’intérieur du clos. Le département de la Seine-Maritime a engagé en 2013 une démarche en vue d’une inscription au patrimoine mondial. La menace principale tient à la disparition des talus plantés : un hêtre arrivé en fin de vie n’est pas toujours remplacé, et un clos-masure sans son talus n’est plus qu’une ferme au milieu des champs.
Ce que vaut un clos
Le clos est l’une des rares composantes du patrimoine rural dont la valeur d’usage n’a pas diminué : abri du vent, intimité, sécurité, microclimat, et un extérieur immédiatement utilisable. Sur le marché des demeures anciennes, une propriété close se distingue nettement d’une propriété ouverte à surface égale, et le mur d’enceinte compte parmi les éléments dont l’état est examiné le plus tôt.
Le contrôle porte sur trois choses. La propriété du mur d’abord : mitoyen ou privatif, la règle diffère selon les présomptions du code civil et selon les titres, et elle commande la charge de l’entretien. L’état ensuite : un mur de clôture ancien, souvent bâti en moellon hourdé à la chaux sur des fondations sommaires, se déverse par pans entiers, et sa reprise se compte au mètre linéaire. Les protections enfin : dans un site patrimonial remarquable ou aux abords d’un monument, le mur de clos est souvent identifié comme élément à conserver, et son ouverture pour créer un accès véhicule demande une autorisation.
Édifices de référence
Clos cistercien d’une cinquantaine d’hectares ; château classé monument historique
Démarche d’inscription au patrimoine mondial engagée par le Département en 2013
À la vente chez Groupe Mercure
Sources (4)
Mis à jour : 29/07/2026







