Époques

L’époque contemporaine

architecture contemporaine · création contemporaine · architecture d’aujourd’hui

La période ouverte vers 1975, à la fin du mouvement moderne et des grands ensembles : le temps des courants pluriels — postmodernisme, high-tech, déconstruction, architecture durable — où la France bâtit le Centre Pompidou puis les grands travaux de Mitterrand, et invente, en 2016, un label pour protéger sa propre création récente.

La cour Napoléon du Louvre : la grande pyramide de verre et d’acier et ses pyramidions, devant les façades sculptées du palais ancien, sous un ciel nuageux
La pyramide du Louvre (Ieoh Ming Pei, 1989) : le verre contemporain au cœur du palais ancien, emblème des grands travaux et du dialogue entre les époques.Larry — CC BY 2.0

L’époque contemporaine désigne, en histoire de l’architecture, la période qui s’ouvre au milieu des années 1970, quand s’épuisent le mouvement moderne et la fabrique des grands ensembles. À l’unité doctrinale de la modernité succède la pluralité des courants : le postmodernisme rend à la façade l’ornement, la couleur et la citation historique ; le high-tech expose la structure et les fluides ; le geste sculptural et la déconstruction brisent l’angle droit ; l’architecture durable impose le souci de l’énergie et des matériaux biosourcés. La France en fixe les jalons avec le Centre Pompidou, puis les grands travaux du président Mitterrand, de la pyramide du Louvre à la Grande Arche. La patrimonialisation du récent accompagne ce mouvement, jusqu’au label Architecture contemporaine remarquable créé en 2016.

Les bornes : la fin de la modernité

La période contemporaine n’a pas de date de naissance officielle ; l’histoire de l’architecture la fait pourtant commencer, par convention, au milieu des années 1970. Ce n’est pas une rupture de règne ni de régime, mais un épuisement de doctrine : celui du mouvement moderne, dont le fonctionnalisme, la table rase et le dogme du toit-terrasse avaient dominé la construction depuis l’entre-deux-guerres. Le langage des volumes nus, du béton apparent et de l’angle droit, longtemps tenu pour l’avenir même de l’architecture, cesse alors d’aller de soi.

Le tournant se lit d’abord dans la crise du logement de masse. Les grands ensembles — ces cités de barres et de tours élevées en série des années 1950 aux années 1970 pour reloger une population en forte croissance — passent, en une décennie, de la promesse au rejet ; la circulaire dite Guichard, en 1973, met un coup d’arrêt à la construction des tours et des barres au nom de la lutte contre l’urbanisme monotone. La table rase moderne, qui rasait le tissu ancien pour reconstruire à neuf, perd sa légitimité au moment où s’affirme, par la loi Malraux de 1962 et l’essor de la protection urbaine, un souci nouveau du patrimoine bâti.

À la certitude d’un style unique et universel succède le doute, puis la pluralité. Là où la modernité proposait une réponse — la même à Marseille, à Brasília ou à Chandigarh —, l’époque contemporaine multiplie les partis, les manières et les manifestes, souvent contradictoires. C’est le trait qui la définit le mieux : non pas un style, mais la coexistence de courants rivaux, du retour de l’ornement à l’exhibition de la technique, de la citation historique à la déconstruction des formes.

La borne de fin, elle, reste ouverte : l’époque contemporaine est celle où nous bâtissons encore. Elle court des lendemains de 1975 jusqu’aux années 2020, sans césure nette, absorbant au passage la conscience écologique, la révolution numérique de la conception et la patrimonialisation accélérée de ses propres œuvres. C’est le nœud terminal de la frise des époques françaises, celui qui touche au présent.

Le postmodernisme : le retour de l’ornement

Le premier courant à contester frontalement la modernité est le postmodernisme, né aux États-Unis dans les années 1960 et acclimaté en Europe la décennie suivante. Sa cible est explicite : le dépouillement moderne, résumé par la formule « moins, c’est plus », auquel l’architecte américain Robert Venturi oppose son mot d’ordre, « moins, c’est ennuyeux ». Le postmodernisme réhabilite ce que la modernité avait banni — l’ornement, la couleur, la symétrie, la citation des styles anciens —, tenus non plus pour des fautes mais pour un langage à retrouver.

Distinction capitale, que l’on confond souvent : le postmodernisme n’est pas le modernisme, il en est la réaction. Là où le mouvement moderne proscrivait le décor au nom de la vérité constructive, le postmodernisme rappelle la colonne, le fronton, la corniche et l’arc, quitte à les traiter au second degré, avec une distance ironique. Il ne restaure pas les styles historiques comme le fit l’éclectisme du XIXᵉ siècle : il les cite, les détourne, les mêle, dans un jeu savant d’allusions.

La France en offre un manifeste spectaculaire aux portes de Paris. À Noisy-le-Grand, dans la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, l’architecte catalan Ricardo Bofill et son Taller de Arquitectura élèvent de 1978 à 1983 les Espaces d’Abraxas, ensemble de quelque six cents logements sociaux composé de trois édifices monumentaux — le Palacio, le Théâtre et l’Arc. Le béton préfabriqué, teinté de tons rougeâtres, y prend la forme de colonnes géantes, de frontons et de cornices d’inspiration néoclassique : un décor de palais offert à l’habitat populaire, tour de force autant que provocation.

Le postmodernisme demeure un moment plus qu’une école durable ; sa vogue s’essouffle dès les années 1990. Il aura pourtant rouvert une question que la modernité croyait close : celle de la mémoire des formes, de la place de l’histoire et du plaisir de l’ornement dans l’architecture du présent. En cela, il prépare le terrain d’un dialogue renouvelé entre le bâti neuf et le patrimoine ancien.

Le high-tech : la structure exposée

À l’opposé du retour à l’ornement, un autre courant tire la modernité vers son extrême logique : l’architecture high-tech, qui fait de la structure et des équipements techniques le spectacle même de l’édifice. Poutres, poteaux, gaines, ascenseurs et circulations, que l’usage rejetait dans les entrailles du bâtiment, sont ici tirés au-dehors, exhibés et souvent colorés — la machine devient façade, la technique devient ornement.

Le monument fondateur est parisien, et il est français par sa commande sinon par ses auteurs. Le Centre Pompidou, voulu par le président Georges Pompidou pour doter Paris d’un grand foyer d’art moderne, naît d’un concours international lancé en décembre 1970, qui réunit six cent quatre-vingt-un projets. Les architectes Renzo Piano et Richard Rogers, associés à Gianfranco Franchini et à l’ingénieur Peter Rice du bureau Ove Arup, l’emportent en juillet 1971 ; l’édifice ouvre le 31 janvier 1977, inauguré par Valéry Giscard d’Estaing.

Son parti fit scandale et fit école. Sur la façade, les tuyauteries des fluides sont peintes de couleurs franches — bleu pour l’air, vert pour l’eau, jaune pour l’électricité, rouge pour la circulation des personnes —, tandis que l’escalator monte en diagonale dans sa chenille de verre ; l’intérieur, entièrement libéré de tout mur porteur, offre des plateaux d’exposition d’une flexibilité totale. Longtemps traité de « raffinerie » et d’outrage au cœur historique de Paris, le Centre Pompidou est aujourd’hui l’un des édifices les plus visités de France, tenu pour le manifeste même du high-tech.

Le courant a essaimé bien au-delà du musée. Il inspire des gares, des aéroports, des sièges d’entreprise, et se prolonge dans l’ingénierie des grands ouvrages d’art : le high-tech partage avec la tradition des ingénieurs français, celle d’un Eiffel, le goût de la structure lisible et de la prouesse assumée, où la beauté naît de l’exactitude du calcul.

Les grands travaux de Mitterrand

Aucun épisode ne marque davantage l’architecture française contemporaine que la campagne de commande publique lancée par François Mitterrand dans les années 1980. Sous le nom de grands travaux — ou grands projets —, le président engage l’État dans une série de chantiers monumentaux destinés à moderniser Paris et à inscrire son septennat dans la pierre, à la manière des grands bâtisseurs d’Ancien Régime. La commande royale et princière trouve là un héritier républicain.

Le plus célèbre de ces gestes est aussi le plus contesté : la pyramide du Louvre, commandée en 1983 à l’architecte américain d’origine chinoise Ieoh Ming Pei dans le cadre du projet du Grand Louvre. Structure de verre et d’acier de vingt et un mètres de haut plantée au centre de la cour Napoléon, elle est inaugurée le 30 mars 1989 et ouverte au public le 1ᵉʳ avril. Neuf Parisiens sur dix s’y opposaient, dit-on, avant qu’elle ne devienne l’emblème même du musée : le contraste franc entre la géométrie transparente du présent et la façade classique du palais fait toute la portée du parti.

L’année 1989, bicentenaire de la Révolution, voit s’achever plusieurs de ces chantiers. Dans l’axe historique qui file du Louvre à l’ouest, la Grande Arche de la Défense — cube évidé de cent dix mètres dû à l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen, disparu avant l’achèvement — est inaugurée le 14 juillet ; l’Opéra Bastille, œuvre de l’architecte uruguayen Carlos Ott, l’avait été la veille, le 13 juillet. Deux ans plus tôt, en 1987, l’Institut du monde arabe de Jean Nouvel avait ouvert au bord de la Seine, avec ses moucharabiehs de métal aux diaphragmes photosensibles.

La série se clôt en 1996 avec la Bibliothèque nationale de France de Dominique Perrault, quatre tours de verre en forme de livres ouverts autour d’un jardin en creux. Ensemble, ces grands travaux ont doté la France d’un patrimoine d’État résolument contemporain et rappelé qu’en matière d’architecture, la commande publique reste, aujourd’hui comme sous les rois, un puissant instrument de prestige national.

En contre-plongée, le vaste mur-rideau de verre quadrillé de la Grande Arche de la Défense se découpant sur un ciel bleu
La façade de verre de la Grande Arche de la Défense (Otto von Spreckelsen, 1989) : un cube évidé dans l’axe historique, l’un des grands travaux du bicentenaire de la Révolution.Tognopop — CC0

Le geste sculptural et la déconstruction

À mesure que le siècle s’achève, l’architecture d’auteur prend le pas sur les doctrines collectives. L’édifice devient signature, objet singulier voulu comme une sculpture habitable ; la silhouette, la matière, la ligne priment sur le type et sur la règle. Cette montée du geste — le parti formel spectaculaire, reconnaissable entre tous — accompagne la célébrité mondiale d’une poignée d’architectes vedettes, dont les œuvres deviennent des enseignes de villes.

Un courant théorisé au tournant des années 1980, le déconstructivisme, en radicalise l’ambition. Il rompt délibérément avec l’orthogonalité : plans éclatés, volumes obliques, murs inclinés, angles fuyants composent des édifices qui semblent défier la stabilité et l’aplomb. La géométrie n’y est plus l’ordre rassurant de la modernité, mais un désordre calculé, une tension rendue visible ; l’architecture y renonce à l’équilibre apparent pour dramatiser la forme.

La France accueille, dans les années 2000 et 2010, plusieurs de ces objets sculpturaux dus aux plus grands noms de la scène internationale. La Fondation Louis Vuitton, élevée par l’Américain Frank Gehry au bois de Boulogne et ouverte en octobre 2014, dresse un « nuage » de douze voiles de verre bombé au-dessus du Jardin d’acclimatation ; la Philharmonie de Paris de Jean Nouvel, inaugurée en janvier 2015 au parc de la Villette, empile ses volumes revêtus d’oiseaux d’aluminium entrelacés. L’édifice-manifeste, conçu comme une œuvre d’art autant que comme un équipement, s’impose ici pleinement.

Ce culte du geste n’est pas sans revers, et la critique ne l’épargne pas : coûts démesurés, prouesses techniques au service de l’effet, dépenses d’énergie, indifférence parfois au contexte. Il coexiste, dans l’architecture contemporaine, avec un mouvement inverse — celui d’une sobriété assumée et d’un souci croissant de l’environnement, qui gagne du terrain à mesure que le siècle avance.

L’architecture durable et les matériaux vivants

Le fait le plus profond de l’architecture des dernières décennies n’est peut-être pas un style, mais une contrainte devenue valeur : l’architecture durable, qui place l’économie d’énergie, l’empreinte carbone et le cycle de vie du bâtiment au cœur du projet. Née de la conscience écologique et des crises de l’énergie, cette exigence reconfigure la manière de concevoir plus qu’elle ne dicte une forme reconnaissable ; elle traverse tous les courants, du geste sculptural à la construction ordinaire.

Elle se traduit d’abord par des démarches et des labels. La démarche HQE — pour Haute Qualité Environnementale, formalisée en France dans les années 1990 — codifie l’insertion du bâtiment dans son site, la gestion de l’eau, du chantier et de l’énergie ; les réglementations thermiques successives, puis la réglementation environnementale de 2020, resserrent d’année en année les exigences de performance. Le bâtiment contemporain se mesure désormais autant à sa consommation qu’à son allure.

Elle ramène ensuite au premier plan des matériaux longtemps tenus pour archaïques, désormais recherchés pour leur faible impact : le bois, promu par la construction en structure et en panneaux de grande portée, le pisé de terre crue, la paille, le chanvre et l’ensemble des matériaux dits biosourcés, issus du vivant. Les mêmes ressources qui bâtissaient la ferme et la maison de terre d’autrefois reviennent, revisitées par l’ingénierie, dans l’édifice le plus actuel.

Cette conversion écologique rejoint enfin la cause patrimoniale par un paradoxe fécond : le bâtiment le plus durable est souvent celui qui existe déjà. Réhabiliter plutôt que démolir, réemployer les matériaux, prolonger la vie des structures anciennes devient un impératif partagé par les tenants de l’environnement et par ceux du patrimoine. L’intervention contemporaine sur le bâti ancien, longtemps affaire de goût, prend ainsi une portée nouvelle.

Intervenir sur l’ancien : le contraste plutôt que le pastiche

Une part majeure de l’architecture contemporaine ne bâtit pas à neuf : elle greffe, étend, réaménage un édifice existant. Sur ce terrain, la doctrine du patrimoine a tranché depuis la fin du XXᵉ siècle en faveur du contraste assumé — une écriture nettement de son temps, lisible comme un ajout — contre le pastiche, la reconstitution en faux ancien d’un style qui n’est plus le sien. Verrière sur cour, extension de verre et d’acier, réhabilitation d’une grange ou d’un atelier : l’intervention se veut franche, distincte et, autant que possible, réversible.

La pyramide du Louvre a valeur d’emblème de ce parti : nul n’a songé à prolonger les façades classiques du palais dans leur propre langage ; on leur a opposé, au contraire, la géométrie transparente et manifestement moderne du verre. Le dialogue naît de l’écart maîtrisé, non de l’imitation. Ce principe gouverne aujourd’hui l’immense chantier diffus de la réhabilitation, où le neuf se pose auprès de l’ancien sans le singer ni l’écraser.

L’intervention sur le patrimoine protégé s’exerce toutefois sous contrôle. Aux abords d’un monument historique, dans le champ de covisibilité, ou à l’intérieur d’un site patrimonial remarquable, tout projet est soumis à l’avis de l’architecte des Bâtiments de France, garant de la qualité de l’insertion et de la cohérence de l’ensemble. La création contemporaine n’y est pas interdite — elle y est encadrée, discutée, parfois exigée, pour que la greffe serve le lieu au lieu de le trahir.

Cette conciliation du neuf et de l’ancien est l’un des apports propres de l’époque contemporaine à la culture du bâti. Elle suppose une double compétence : comprendre l’édifice ancien pour ne pas le blesser, et affirmer le geste présent pour ne pas le falsifier. La demeure de caractère dotée d’une extension contemporaine réussie témoigne de cet équilibre, où le dialogue des époques ajoute à la valeur d’usage sans rien retrancher au charme d’origine.

L’ingénierie et les grands ouvrages

L’architecture contemporaine ne se réduit pas aux édifices : elle culmine aussi dans les grands ouvrages d’art, où l’ingénieur retrouve le premier rôle qu’il tenait au siècle des ponts et des halles métalliques. La France, forte d’une longue tradition d’écoles d’ingénieurs et d’entreprises de travaux publics, en a livré l’un des exemples les plus admirés au monde au tournant du XXIᵉ siècle.

Le viaduc de Millau, qui franchit la vallée du Tarn dans l’Aveyron, est le fruit d’une association exemplaire entre l’ingénieur français Michel Virlogeux, concepteur de sa structure haubanée, et l’architecte britannique Norman Foster, auteur de sa silhouette. Construit de 2001 à 2004 et inauguré le 14 décembre 2004, il porte sa chaussée jusqu’à trois cent quarante-trois mètres au-dessus de la rivière, ce qui en fait l’un des plus hauts ponts du monde. La finesse de ses pylônes et de son tablier, la manière dont il pose à peine sur le paysage, valent à cet ouvrage utilitaire d’être reçu comme une œuvre d’art à part entière.

À Marseille, le MuCEM — musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée —, dû à l’architecte Rudy Ricciotti et inauguré en 2013, marie l’architecture et la performance technique : un cube ceint d’une résille de béton fibré à ultra-hautes performances, matériau nouveau dont la résistance permet une dentelle minérale d’une finesse inédite. L’édifice, relié au fort Saint-Jean par une passerelle, illustre le mariage contemporain de la prouesse constructive et du geste sensible.

Ces ouvrages rappellent une constante de l’architecture française : la porosité entre l’art de bâtir et la science de l’ingénieur. Du calcul de la structure naît la forme ; de la contrainte technique, la beauté. L’époque contemporaine, en confiant ses œuvres majeures à des équipes où l’ingénieur pèse autant que l’architecte, renoue avec cette alliance sans laquelle il n’est pas de grande construction.

Le viaduc de Millau, pont à haubans aux hauts pylônes blancs franchissant la vallée du Tarn, la ville de Millau et les collines en contrebas
Le viaduc de Millau (Michel Virlogeux et Norman Foster, 2001-2004) : l’ouvrage d’art comme geste architectural, où l’ingénierie contemporaine devient paysage.Richard Leeming — CC BY-SA 2.0

La patrimonialisation du récent

Fait remarquable de la période : elle a appris à se regarder elle-même comme un patrimoine. Longtemps, la protection des monuments historiques s’arrêtait au seuil du XXᵉ siècle, tenant l’architecture récente pour trop proche pour être jugée. Ce recul s’est comblé : l’édifice d’hier, voire d’avant-hier, est désormais reconnu, étudié et défendu, avant même d’avoir vieilli.

L’État s’est doté d’un outil dédié. En 1999 apparaît le label Patrimoine du XXᵉ siècle, destiné à signaler, sans les classer, les édifices marquants du siècle qui s’achève. La loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine, promulguée le 7 juillet 2016, le remplace par le label Architecture contemporaine remarquable, précisé par un décret du 28 mars 2017. Le nouveau label distingue les constructions de moins de cent ans qui ne sont pas protégées au titre des monuments historiques et dont la conception présente un intérêt architectural ou technique.

Ce dispositif traduit une conviction : la valeur d’un édifice ne se mesure pas à son seul âge. Une œuvre de béton des années 1960, une gare des années 1980, un ensemble de logements postmoderne peuvent mériter la reconnaissance publique au même titre qu’un château ou une église ancienne. La protection au titre des monuments historiques s’ouvre elle-même à des créations récentes lorsqu’elles font figure de jalon : le Centre Pompidou a ainsi vu sa protection engagée en 2025, cas rare pour un édifice de moins de cinquante ans dû à un architecte encore vivant.

La patrimonialisation du récent n’est pas sans tensions. Elle suppose de trancher, sans le recul du temps, entre l’œuvre durable et la mode passagère ; elle protège parfois un bâti que l’usage juge inconfortable ou daté. Elle procède pourtant d’une leçon apprise des destructions du passé : mieux vaut reconnaître trop tôt que regretter trop tard, car nul n’est meilleur juge de la valeur d’une époque que celle qui la suit.

La valeur patrimoniale

Le patrimoine de l’époque contemporaine se distingue de tous ceux qui l’ont précédé par sa proximité et par sa diversité. Il n’a pas la cohérence d’un style ni l’autorité de l’ancienneté : c’est un corpus pluriel, encore en formation, où voisinent le musée high-tech, l’ensemble postmoderne, l’édifice sculptural, l’ouvrage d’ingénieur et la réhabilitation discrète. Sa valeur tient moins à un caractère commun qu’à la qualité propre de chaque œuvre.

Pour la demeure de caractère, l’apport contemporain est le plus souvent celui de l’intervention. Une extension de verre bien menée, une orangerie reconvertie, une grange réhabilitée apportent la lumière, le confort et l’espace que le bâti ancien seul ne saurait offrir, sans en trahir l’écriture. La qualité de cette greffe — sa franchise, sa réversibilité, son accord avec le lieu — devient un critère de valeur à part entière, distinct du charme des maçonneries d’origine.

L’intervention près d’un monument protégé engage, elle, la conformité autant que le goût. Un projet mené dans les abords d’un édifice classé, ou dans un site patrimonial remarquable, n’a de valeur pérenne que s’il a reçu l’aval de l’architecte des Bâtiments de France ; l’autorisation régulière, autant que la réussite esthétique, garantit la sérénité de l’acquéreur et la solidité juridique du bien.

Sur le temps long du patrimoine français, l’époque contemporaine occupe une place singulière : celle du présent qui se sait déjà futur héritage. Elle prolonge, sans le renier, le fil des siècles bâtisseurs — du gothique à la Renaissance, du Grand Siècle aux Lumières —, en y ajoutant sa contribution propre : la conscience que bâtir, aujourd’hui, c’est composer avec tout ce que le passé a légué.

Édifices de référence

  • Centre Pompidou

    Paris (IVᵉ) · XXᵉ siècle (concours 1970, ouvert 1977)

    Renzo Piano, Richard Rogers, Gianfranco Franchini, ing. Peter Rice (Ove Arup) ; manifeste du high-tech, protection au titre des Monuments historiques engagée en 2025

  • Les Espaces d’Abraxas

    Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) · XXᵉ siècle (1978-1983)

    Ricardo Bofill, Taller de Arquitectura ; logements sociaux postmodernes, label Patrimoine du XXᵉ siècle puis Architecture contemporaine remarquable

  • Pyramide du Louvre (Grand Louvre)

    Paris (Iᵉʳ) · XXᵉ siècle (commande 1983, inaugurée 1989)

    Ieoh Ming Pei ; grand travail de F. Mitterrand, cour Napoléon du palais du Louvre

  • Grande Arche de la Défense

    Puteaux (Hauts-de-Seine) · XXᵉ siècle (inaugurée 14 juillet 1989)

    Johan Otto von Spreckelsen (achevée par Paul Andreu) ; dans l’axe historique, bicentenaire de la Révolution

  • Bibliothèque nationale de France

    Paris (XIIIᵉ) · XXᵉ siècle (1996)

    Dominique Perrault ; dernier des grands travaux de F. Mitterrand, quatre tours en livres ouverts

  • Viaduc de Millau

    Millau (Aveyron) · XXIᵉ siècle (2001-2004)

    Ing. Michel Virlogeux et arch. Norman Foster ; l’un des plus hauts ponts du monde (343 m)

  • MuCEM

    Marseille (Bouches-du-Rhône) · XXIᵉ siècle (2013)

    Rudy Ricciotti ; résille de béton fibré à ultra-hautes performances, relié au fort Saint-Jean

À la vente chez Groupe Mercure

Quelques biens de cette époque figurant dans nos sélections.

Sources (16)
  • Le label Architecture contemporaine remarquable (ACR) — loi LCAP du 7 juillet 2016, décret du 28 mars 2017, succède au label Patrimoine du XXᵉ siècle (1999)

    Source institutionnelleMinistère de la Culture, DRAC Île-de-France2016Consulter
  • Vocabulaire de l’architecture

    Jean-Marie Pérouse de Montclos

    Ouvrage de référenceMinistère de la Culture
  • Architecture contemporaine remarquable — label créé par la loi du 7 juillet 2016, remplace le label Patrimoine du XXᵉ siècle de 1999

    ArticleWikipédia2016Consulter
  • Centre Pompidou — concours international lancé en décembre 1970 (681 projets), Piano, Rogers et Franchini lauréats 1971, ouvert le 31 janvier 1977

    ArticleWikipédia1977Consulter
  • Les Espaces d’Abraxas — Ricardo Bofill (Taller de Arquitectura), Noisy-le-Grand, 1978-1983, postmodernisme

    ArticleWikipédia1983Consulter
  • Grands travaux de François Mitterrand — la campagne de commande publique des années 1980

    ArticleWikipédiaConsulter
  • Pyramide du Louvre — Ieoh Ming Pei, commande 1983 (Grand Louvre), inaugurée le 30 mars 1989

    ArticleWikipédia1989Consulter
  • Grande Arche de la Défense — Johan Otto von Spreckelsen, inaugurée le 14 juillet 1989, dans l’axe historique

    ArticleWikipédia1989Consulter
  • Opéra Bastille — Carlos Ott, inauguré le 13 juillet 1989 (veille du bicentenaire de la Révolution)

    ArticleWikipédia1989Consulter
  • Institut du monde arabe — Jean Nouvel et Architecture-Studio, ouvert en 1987, moucharabiehs de métal

    ArticleWikipédia1987Consulter
  • Bibliothèque nationale de France (site François-Mitterrand) — Dominique Perrault, 1996

    ArticleWikipédia1996Consulter
  • Viaduc de Millau — ing. Michel Virlogeux et arch. Norman Foster, 2001-2004, inauguré le 14 décembre 2004

    ArticleWikipédia2004Consulter
  • MuCEM (musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) — Rudy Ricciotti, 2013, béton fibré à ultra-hautes performances

    ArticleWikipédia2013Consulter
  • Fondation Louis Vuitton — Frank Gehry, ouverte en octobre 2014, bois de Boulogne

    ArticleWikipédia2014Consulter
  • Philharmonie de Paris — Jean Nouvel, inaugurée en janvier 2015, parc de la Villette

    ArticleWikipédia2015Consulter
  • Le Centre Pompidou inscrit au titre des monuments historiques — protection engagée en 2025, rare pour un édifice de moins de cinquante ans

    ArticleLe Journal des Arts2025Consulter
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Mis à jour : 20/07/2026